03/04/2025
Inclusion financière : Wave, la révolution ou un cauchemar pour les petits commerçants ?
Une promesse d'accessibilité financière
Wave, une application américaine de transfert d’argent, a fait son entrée en Côte d’Ivoire avec l’ambition de révolutionner le paysage financier en Afrique. Elle a rapidement séduit de nombreux utilisateurs grâce à ses frais réduits à seulement 1 %, incitant ainsi les autres acteurs du marché à ajuster leurs tarifs. Cependant, cette démocratisation des services financiers cache un revers inquiétant : la menace pesant sur des milliers de petits commerçants, qui risquent de voir leur activité s’effondrer sous l’effet de la concurrence agressive engendrée par Wave.
Un modèle économique aux conséquences tragiques pour les sous-distributeurs
Le succès de Wave a des conséquences néfastes pour les petits vendeurs de quartier, souvent propriétaires de points de vente de transfert d’argent. Ces derniers, jusqu’alors au cœur du système financier local, se retrouvent en péril. En effet, avec l’imposition de frais de service drastiquement réduit, les marges bénéficiaires se sont effondrées. À titre d’exemple, pour une transaction de 100 000 FCFA, la commission perçue par ces vendeurs est passée de 1600 FCFA à seulement 600 FCFA, représentant ainsi moins de 40 % de leurs revenus antérieurs.
Ce qui voudrait dire pour faire aujourd'hui un bénéfice (commission) de 200.000f dans le mois ,le point de vente (agence) devrait vendre par jour au moin 5.000.000f dans le point de vente pour espérer avoir un bénéfice par jour de 7.500 f.
Pour continuer à générer un revenu décent, ces petits commerces doivent désormais réaliser des volumes de transactions exorbitants, un défi particulièrement ardu dans un marché déjà saturé.
Les agences mobiles money face à un avenir incertain
Cette situation a conduit à une véritable crise au sein de ces agences indispensables à l’économie locale. De nombreux petits vendeurs ont été contraints de fermer leurs portes, tandis que d’autres ont soit réduit leurs heures d’ouverture, soit cessé d’opérer entièrement. « On pensait que la technologie allait nous aider. Mais aujourd’hui, elle est en train de nous remplacer », déplore D. Adama, gérant d’un point de vente à Yopougon. La grève nationale organisée le 21 juin 2022 par ces agents,à travers le syndicat SYNAM-CI et les organisations sœurs,dénonçant l’« ubérisation » de leur métier, illustre le désespoir croissant au sein de cette communauté. Malheureusement, les négociations avec le ministère de l’Emploi n’ont pour l’instant abouti à aucune solution concrète.
Un équilibre à trouver entre innovation et protection des acteurs locaux
L’arrivée de Wave en Côte d’Ivoire, bien que prometteuse en matière d’inclusion financière, soulève des questions fondamentales sur l’avenir des petits commerçants. Le défi sera de trouver un équilibre viable qui permette d’encourager l’innovation tout en préservant les emplois et les moyens de subsistance des milliers de petits vendeurs qui jouent un rôle crucial dans l’économie locale. Les gouvernements et les régulateurs doivent intervenir pour protéger ces acteurs vulnérables tout en favorisant un écosystème financier inclusif et durable.
Une inclusion financière en péril : Alerte sur le modèle Wave en Côte d’Ivoire
Un modèle prometteur mais fragile
La GSMA (Global System for Mobile Communications Association) a récemment publié un rapport inquiétant sur le modèle économique de Wave, l’application de transfert d’argent qui a fait sensation en Côte d’Ivoire. Bien que cette initiative promette une inclusion financière à court terme, l'absence de relais physiques solides, surtout dans les zones rurales, pose un problème majeur pour la durabilité de ces services. La viabilité de ce système repose sur un réseau de proximité, incarné par des agents motivés, formés et correctement rémunérés. Sans eux, le risque de voir l’usage des services numériques régresser est considérable.
Les menaces qui pèsent sur la Côte d’Ivoire
Sans un cadre réglementaire adéquat, l’expansion du modèle Wave pourrait avoir des conséquences désastreuses :
- Fermeture massive de points de vente : Entre 30 000 et 40 000 points de revente sont potentiellement menacés de fermeture, selon des estimations syndicales, ce qui compromettrait l'accès et la proximité des services financiers pour la population.
- Destruction d’emplois précaires : Les conséquences de cette fermeture se feraient particulièrement sentir dans le secteur informel, touchant en premier lieu les jeunes et les femmes, qui représentent une part importante de cette main-d'œuvre.
- Concentration du marché : Le risque d’une concentration du marché au sein d'un acteur unique, peu soumis aux régulations locales, représente une menace pour la diversité et la compétitivité du secteur.
- Dépendance numérique accrue: Le concept de “Zap Kill” soulève des inquiétudes quant à la dépendance croissante vis-à-vis d'un prestataire étranger non domicilié fiscalement en Côte d’Ivoire, fragilisant ainsi la souveraineté économique du pays.
L’urgence d’une réponse gouvernementale
Alors que la Côte d’Ivoire aspire à construire une souveraineté numérique inclusive, les signaux d'alerte se multiplient. Il est impératif que les autorités telles que l’ARTCI, le ministère du Commerce,le ministère des finances et le Parlement prennent la mesure de l'impact que ces plateformes pourraient avoir sur la stabilité économique du pays. Plusieurs pistes de régulation doivent être envisagées :
- Imposition de commissions minimales: Établir un plancher de commissions minimales garantirait une rémunération équitable pour les agents de vente, essentiels au fonctionnement du réseau de proximité.
- Obligations de redistribution locale: Conditionner l'accès au marché à des engagements de redistribution locale favoriserait un bénéfice direct pour les communautés.
- Création d’un registre national : Mettre en place un registre national des travailleurs numériques précarisés permettrait d'anticiper et de gérer les crises sociales potentielles.
Vers une innovation socialement responsable
L'innovation, sans justice sociale, ne représente qu'un leurre technologique. Les leçons tirées des expériences d'autres pays sont claires : sans un cadre légal adéquat, les nouveaux acteurs pourraient causer des dégâts irréversibles à l'écosystème économique local. La Côte d’Ivoire se trouve à un carrefour crucial, où la nécessité d'une régulation proactive peut préserver la promesse d’une inclusion financière véritable et durable. La réaction des autorités sera déterminante pour éviter que l'engouement pour des solutions numériques ne se traduise par un champ de ruines derrière lui.
KF, correspondance particulière