27/01/2026
QUAND LA SOCIÉTÉ CONFOND JUSTICE, ÉMOTION ET EXUTOIRE :
« Lorsqu’une société ne sait plus réfléchir, elle apprend à lyncher. »
— George Orwell
Le meurtre du petit Mathis a bouleversé le Cameroun.
Et c’est légitime.
La mort violente d’un enfant secoue toujours les fondations morales d’une nation.
Mais très vite, le débat a glissé.
On a cessé de parler du crime pour parler de Lydol.
Non pas de l’homme accusé, non pas du système judiciaire, non pas de la violence sociale qui traverse nos villes…
mais de la fille.
C’est là que quelque chose s’est brisé.
Beaucoup s’indignent aujourd’hui parce que, par le passé, Lydol a présenté son père comme un homme exceptionnel, un repère, un bon père. Cette image publique, assumée, a marqué les esprits. Lorsque la réalité s’effondre brutalement, le choc est immense. Le malaise est réel.
Mais il faut avoir le courage de regarder ce malaise en face.
Aimer un parent, parler de lui avec fierté, n’est ni un mensonge ni une caution morale éternelle.
Un enfant — même adulte — ne détient pas la vérité totale sur l’homme ou la femme qui l’a élevé. Il parle depuis son vécu, pas depuis une omniscience morale ou judiciaire.
Ce que beaucoup reprochent inconsciemment à Lydol n’est pas le crime.
C’est la rupture entre un récit positif et une réalité devenue insoutenable.
Or une société mature accepte une vérité dérangeante :
un individu peut être admirable dans un cadre et monstrueux dans un autre.
Un bon père n’est pas automatiquement un homme irréprochable.
Cette contradiction nous heurte parce qu’elle détruit notre besoin de récits simples, propres, rassurants.
Face à cette dissonance, la société cherche un exutoire.
Et lorsque le coupable principal est déjà entre les mains de la justice, on se tourne vers la figure visible, accessible, symbolique.
C’est ainsi que la douleur se transforme en colère mal dirigée.
On a alors entendu des appels à l’effacement public, à la pénitence sociale, à une forme de responsabilité par filiation. Comme si la faute se transmettait par le sang. Comme si la notoriété annulait le principe fondamental de responsabilité individuelle.
Ce glissement est dangereux.
Punir symboliquement quelqu’un qui n’a rien commis ne répare rien.
Cela soulage temporairement l’émotion collective, mais laisse intact le mal de fond.
Le plus inquiétant, ce n’est pas la colère — elle est humaine.
C’est lorsqu’elle se déguise en morale.
On invoque la culture quand elle conforte la vengeance.
On oublie le droit quand il impose la nuance.
On parle de purification là où il faudrait parler de responsabilité réelle, personnelle, individuelle.
Oui, la douleur des parents de Mathis est sacrée.
Oui, la société doit condamner la violence avec une fermeté absolue.
Mais non, on ne restaure pas l’ordre moral en fabriquant des coupables secondaires.
Lydol n’est ni une héroïne à sanctifier, ni une coupable à expier.
Elle est une citoyenne confrontée à une tragédie familiale qui la dépasse.
EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS : Transformer une fille en symbole expiatoire ne rend pas justice à un enfant assassiné.
Cela révèle seulement notre difficulté collective à gérer la douleur sans perdre la raison.
« La justice sans raison devient une passion aveugle. »
— Montesquieu
Le Cameroun n’a pas besoin de cris supplémentaires.
Il a besoin de lucidité, de rigueur morale et de courage intellectuel.
Car une société qui confond justice et vengeance finit toujours par se dévorer elle-même.
👉 Question :
Cherchons-nous réellement la vérité… ou simplement quelqu’un à sacrifier pour apaiser notre colère ?
AU-DELÀ DU BUZZ….