07/02/2026
Mois de la Jeunesse au Cameroun : entre silences coupables et sursauts d’espoir
Le lycée de Ngoa Ekélé a récemment été le théâtre d’un événement qui glace le sang et interroge profondément la société camerounaise. Un homme, habitué à se rendre dans l’établissement pour « récupérer » un élève d’environ 12 ans, a longtemps éveillé peu de soupçons. À chaque question, le jeune garçon répondait inlassablement : « C’est un grand du quartier ». Une phrase devenue banalité, jusqu’au jour où elle s’est brisée sous le poids d’une vérité insoutenable.
Ce jour-là, l’élève a refusé de suivre l’homme. Devant ses camarades, il a révélé l’indicible : cet individu était son bourreau, l’abusant sexuellement de manière répétée. L’information s’est propagée comme une traînée de poudre, déclenchant l’indignation et la colère des élèves. La situation a failli dégénérer en lynchage, évité de justesse grâce à l’intervention rapide des forces de l’ordre.
Ce drame survient en plein mois de la Jeunesse, période symbolique marquée par la célébration du 11 février, jadis journée du plébiscite et aujourd’hui consacrée à la jeunesse camerounaise. Ironie cruelle : alors que les discours officiels exaltent l’avenir et le potentiel des jeunes, certains d’entre eux subissent en silence les pires violences.
Le cas de Ngoa Ekélé met en lumière une réalité préoccupante : la vulnérabilité des mineurs, l’omerta imposée par la peur et la confiance aveugle accordée à l’entourage immédiat. Il révèle également les failles du système de protection de l’enfance, aussi bien au sein des familles que dans les communautés et les établissements scolaires.
Depuis quelques années, une partie de la jeunesse est régulièrement pointée du doigt pour des comportements jugés déviants : incivisme, dérive morale, influence négative des réseaux sociaux, perte de repères et banalisation de pratiques à risque. Ces phénomènes, bien réels, nourrissent l’inquiétude et parfois la stigmatisation.
Mais cette lecture serait incomplète si elle occultait l’autre visage de la jeunesse camerounaise. Une jeunesse qui s’illustre par l’excellence académique, l’innovation, l’entrepreneuriat, la créativité et l’engagement citoyen. Des jeunes qui remportent des prix, développent des solutions numériques, créent de la valeur et contribuent activement au développement du pays.
La jeunesse camerounaise n’est donc pas perdue : elle est divisée, fragilisée, mais profondément porteuse d’espoir.
Le bilan est contrasté et appelle à une remise en question collective.
D’un côté, des drames qui rappellent l’urgence de renforcer la protection des enfants, de libérer la parole des victimes et de responsabiliser les communautés.
De l’autre, une jeunesse dynamique qui ne demande qu’à être encadrée, valorisée et accompagnée.
À l’avenir, le Cameroun devra choisir entre l’indifférence et l’action. Investir dans l’éducation morale et civique, renforcer la surveillance dans les établissements scolaires, sensibiliser sur les violences sexuelles et offrir des espaces d’écoute aux jeunes sont autant de pistes indispensables.
PP.