08/09/2026
📰KAMTO : APRÈS AVOIR « KAMTÉ » LE MRC, LE PROFESSEUR REND LA CRAIE
🇨🇲Du MRC au MANIDEM, du MANIDEM au MRC, de la bataille avec Okala Ebode au bras de fer avec le MINAT : Maurice Kamto quitte finalement la présidence du parti qu'il aura longtemps incarné. Mais à quel moment le professeur a-t-il décidé que le cours était terminé ?
✍🏾Par Larry Nnomo DP Tél. : 698 08 95 66🗞️
YAOUNDÉ, 8 septembre 2026. Voilà une nouvelle qui fera certainement beaucoup parler dans les chaumières politiques de Yaoundé. Maurice Kamto démissionne de la présidence nationale du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Le professeur quitte donc la chaire. Il rend la craie. Et, comme dans toute bonne fin de cours, les élèves se demandent désormais qui va entrer dans la salle et surtout quelle matière sera enseignée demain.
Mais attention : derrière cette démission, il y a toute une histoire. Et quelle histoire ! Une histoire faite de départs, de retours, de batailles, de contestations et de rebondissements qui ferait presque passer certains scénarios de séries télévisées pour des documentaires tranquilles. Maurice Kamto quitte le MRC en juin 2025, rejoint ensuite le MANIDEM pour porter sa candidature présidentielle, voit cette stratégie échouer, revient au MRC, retrouve la présidence du parti après la convention extraordinaire du 21 décembre 2025, puis se retrouve confronté à des contestations internes, notamment avec Joseph Thierry Okala Ebode, avant de devoir affronter le bras de fer avec le ministère de l'Administration territoriale. Et maintenant, il démissionne.
Avouez quand même qu'il faut avoir une certaine endurance pour suivre le feuilleton.
Le premier épisode commence avec le départ du MRC. Le professeur décide de prendre une autre route. Direction MANIDEM. Nouvelle bannière, nouvelle stratégie, nouvelle ambition présidentielle. Sur le papier, l'opération pouvait sembler brillante. Après tout, en politique, lorsqu'une porte se ferme, on cherche souvent une fenêtre. Le problème, c'est que cette fenêtre-là n'a finalement pas donné sur le palais présidentiel. La candidature espérée n'aboutit pas et Maurice Kamto reprend alors le chemin du MRC. Comme quoi, en politique camerounaise, certaines routes secondaires finissent toujours par ramener au carrefour principal.
Retour au MRC donc. Et quel retour ! La convention extraordinaire du 21 décembre 2025 remet Maurice Kamto au centre du dispositif. Le professeur reprend la présidence. On aurait pu croire que le film était terminé et que le générique allait défiler. Que non ! C'était simplement le début d'un autre épisode.
Car le fauteuil présidentiel était désormais occupé, mais la contestation n'était pas assise. Joseph Thierry Okala Ebode, membre fondateur et ancien cadre du MRC, conteste la régularité de la nouvelle configuration. Le différend s'envenime. L'exclusion d'Okala Ebode intervient. Les procédures judiciaires suivent. Le professeur doit donc non seulement diriger le parti, mais également défendre la légitimité de son retour à la tête de cette formation politique.
Et puis arrive le MINAT.
Là, les choses prennent une autre dimension. Le 19 août 2026, Paul Atanga Nji indique, dans une correspondance, que son ministère n'a pas jugé opportun de prendre acte des travaux de la convention extraordinaire du 21 décembre 2025 ayant reconduit Maurice Kamto à la tête du MRC. Le MRC ne pouvait évidemment pas laisser passer une telle position sans réagir. Le parti dénonce une tentative de déstabilisation.
Et voilà le professeur encore au tableau.
À gauche, les contestataires internes. À droite, le MINAT. Devant, l'échéance politique. Derrière, une histoire de départ et de retour qui n'a pas encore fini de faire parler.
Dans cette situation, il faut reconnaître une chose à Maurice Kamto : il n'a jamais vraiment quitté le centre du jeu. Même lorsqu'il quitte le MRC, il reste au cœur du débat. Même lorsqu'il revient, il provoque de nouvelles contestations. Même lorsqu'il affronte ses adversaires internes, son nom demeure incontournable. Et lorsqu'il annonce finalement sa démission, le pays politique entier se remet à parler de lui.
C'est peut-être cela, le paradoxe Kamto : vouloir quitter le pouvoir partisan tout en restant le personnage autour duquel tout semble continuer à tourner.
Et puis il y a ce petit jeu de mots que l'actualité autorise presque naturellement : Kamto aura « kamté ».
Il aura quitté. Il sera revenu. Il aura repris. Il aura combattu. Il aura résisté. Il aura affronté. Et maintenant, il démissionne.
Mais derrière la plaisanterie, une vraie question demeure : que devient le MRC lorsque Maurice Kamto n'est plus son président ?
C'est ici que les choses deviennent sérieuses.
Parce qu'un parti politique digne de ce nom ne peut pas être éternellement résumé au nom de son président. Un parti doit survivre aux hommes, aux crises, aux défaites, aux victoires et même aux départs de ses fondateurs. Si Maurice Kamto quitte effectivement la présidence, le véritable test commence maintenant.
Il faudra regarder qui arrive. Qui rassemble. Qui apaise. Qui organise. Qui convainc. Qui parle aux militants déçus. Qui dialogue avec les contestataires. Qui redonne une direction politique au parti.
Parce que, soyons sérieux, la politique ne peut pas fonctionner éternellement comme une salle de classe où un seul professeur détient le tableau, la craie, le programme et la correction des copies.
À un moment donné, il faut aussi apprendre aux élèves à enseigner.
Et c'est peut-être là que Maurice Kamto laisse au MRC son examen le plus difficile : prouver que le parti peut exister sans lui à sa tête.
Pour ses adversaires, cette démission sera peut-être interprétée comme une défaite. Pour ses partisans, comme un sacrifice ou un acte de responsabilité. Pour les observateurs, elle peut aussi être l'occasion d'une nouvelle lecture de la stratégie du professeur. Rien ne permet, à ce stade, de réduire définitivement son choix à une seule explication.
Mais une chose est certaine : le départ de Maurice Kamto ne met pas automatiquement fin à l'histoire.
Il change simplement le personnage principal.
Et c'est là que les choses deviennent intéressantes.
Car après avoir passé des années à demander au Cameroun de changer de régime, de méthode et de gouvernance, le MRC se retrouve lui-même devant une question de gouvernance interne : comment organiser la transmission ?
Voilà le véritable examen.
Et celui-là, aucun diplôme de professeur ne permettra de l'éviter.
Alors, professeur, vous rendez la craie.
Vous quittez la chaire.
Vous laissez le tableau.
Mais les élèves, eux, sont toujours dans la salle.
Et maintenant, il va falloir voir s'ils savent écrire sans vous.
Larry NNOMO
Directeur de Publication
LIBRE OPINION
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