20/03/2026
Cameroun | : la raffinerie de trop ?
À Kribi, le chantier avance. CSTAR, la future raffinerie camerounaise, s’inscrit pleinement dans l’ambition de la stratégie nationale de développement 2030 : structurer une filière intégrée pétrole – raffinage – pétrochimie et capter davantage de valeur localement.
Sur le papier, la trajectoire est cohérente. Dans les faits, elle repose sur une hypothèse rarement interrogée : le Cameroun restera un pays producteur de pétrole suffisamment longtemps pour justifier cette industrialisation.
Or c’est précisément là que le doute s’installe. Selon plusieurs projections, la production nationale suit une trajectoire de déclin rapide. À horizon 2035, soit dans moins de dix ans, le pays pourrait ne plus disposer de volumes significatifs, sauf découverte majeure de nouveaux gisements.
Le paradoxe est connu des acteurs du secteur : la fiscalité pétrolière, jugée peu attractive, a freiné l’exploration depuis des décennies. Résultat, le Cameroun avance vers l’aval de la chaîne… alors même que son amont s’érode.
D’où cette question, brutale mais incontournable : à quoi sert une raffinerie dans un pays qui risque de ne plus produire de pétrole ? C’est cette contradiction que met en lumière l’analyse de l’économiste Dr Teubissi Noutsa Joël.
En examinant quatre trajectoires — statu quo, double industrialisation (SONARA + CSTAR), raffinerie CSTAR seule et sous-traitance régionale — il ne cherche pas à départager des modèles industriels, mais à mesurer leur impact réel sur la bala'ce commerciale.
Les résultats, eux, détonnent. Le statu quo mène à un déficit croissant. La double industrialisation améliore temporairement la situation, avant de replonger sous l’effet combiné du déclin de la production et des importations de brut. La raffinerie CSTAR seule, quant à elle, ne parvient même pas à couvrir la demande et reste structurellement déficitaire.
Et puis il y a la quatrième option. La plus inattendue et la plus efficace à court terme. Faire raffiner le pétrole camerounais à l’extérieur, notamment dans des infrastructures régionales comme Dangote, tout en conservant la propriété du brut. Zéro investissement, moins de rigidités, et surtout un meilleur résultat en devises.
Une conclusion difficile à admettre dans un cadre stratégique dominé par l’idée de transformation locale.
Ce que révèle ce travail dépasse le seul cas de CSTAR.
Il met en évidence un décalage entre une vision industrielle de long terme — celle de la SND30 — et une contrainte macroéconomique immédiate : celle des devises, des volumes disponibles, et du temps.
Car industrialiser une filière suppose une ressource stable. Or ici, le calendrier est inversé : on construit l’aval au moment où l’amont disparaît. CSTAR n’est donc pas seulement un projet industriel. C’est un pari. Un pari sur la découverte de nouveaux gisements. Un pari sur la capacité à attirer enfin des investissements en exploration.
Un pari, surtout, sur le fait que le Cameroun demeurera un pays pétrolier.
À défaut, la raffinerie de Kribi risque de devenir ce que peu osent encore envisager : une infrastructure sans ressource, et un symbole sans rentabilité.
Article rédigé par Dr Joël TEUBISSI NOUTSA 👇🏿👇🏿👇🏿
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