D' Production

D' Production Atteint de "livresque " nocturne s/caféine. Rédacteur passionné. Photo addict. Gourmet food lover.

10/06/2026
10/06/2026
10/06/2026

Une pension en Italie
Philippe Besson – Janvier 2026 – Julliard – 240 pages

Résumé
Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s'impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.
Mêlant suspense et sensualité, une pension en Italie est un roman solaire sur le prix à payer pour être soi, en écho à « Chambre avec vue » et « Sur la route de Madison ».



Chronique – Été foudroyé, silence hérité
(attention spoilers mais lus et relus partout)

Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito disait Albert. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai acheté ce bouquin. Plusieurs fois, je suis tombé sur des itws de Philippe Besson en scrollant et je dois dire que son discours m’a plu. J’aime cet auteur, mais j’ai tellement une PAL qui grandit que ce n’était pas vraiment mon intention de lire son livre. Et pourtant…

Avec « Une pension en Italie », Philippe Besson poursuit ce geste littéraire qui est devenu sa signature: écrire contre l’effacement. Mais ici, quelque chose se déplace. Moins social que certains de ses derniers textes, moins explicitement autobiographique que « Arrête avec tes mensonges », ce roman creuse une zone trouble, presque incertaine, où la mémoire familiale devient matière romanesque autant qu’énigme intime.

Tout commence comme une enquête feutrée. Un narrateur — écrivain, héritier, remonte le fil d’un silence imposé. Été 1964. Une famille française est en vacances en Toscane. Une pension, une chaleur écrasante, une lenteur trompeuse. Et puis se produit un événement aux répercussions durables sur le monde qui entoure notre personnage. Vous savez, le caillou lancé dans l’eau calme d’un lac où les ondes se diffusent en ronds concentriques pour venir éclabousser les deux berges. Ce jour-là, la bombe qui éclata a provoqué un blast incommensurable: une disparition, un mensonge, un secret scellé pour un demi-siècle.

Besson excelle dans cet art de la retenue. Il ne raconte pas immédiatement — il entoure, il suggère, il retarde. Ce qui pourrait n’être qu’un ressort narratif devient ici un véritable dispositif émotionnel. Le lecteur est placé dans la même position que le narrateur : face à un trou noir, obligé d’interpréter les silences, de lire entre les gestes. Cette lente montée vers la vérité confère au roman une tension singulière, presque sourde. Mais « Une pension en Italie » ne se résume pas à son mystère. Son cœur battant, c’est la figure de Paul Virsac, 40 ans à l’époque des faits, devenu un grand-père absent. Un être vivant dont on ne parle jamais, mort pour la famille. Pourquoi ?

Parce que cet homme ordinaire en apparence va basculer en quelques jours. Dans la lumière toscane, au contact de Sandro, ce désir que toute une vie avait contenu : le désir, longtemps nié, soudain irrépressible. Besson décrit cet éveil avec une délicatesse remarquable, sans jamais céder à la facilité du romanesque pur. Il y a du solaire dans cette rencontre, mais un solaire tragique, brûlant, qui consume autant qu’il révèle. On pense évidemment à Avec vue sur l'Arno de E. M. Forster ou à Call Me by Your Name de André Aciman, tant le décor italien agit comme un catalyseur des passions interdites.

Moi, ma référence, comme pour Besson d’ailleurs, c’est : « Sur la route de Madison », réalisé par Clint Eastwood – 1995 - adapté du roman du même nom de Robert James Waller - 1992. Car en trame de fond, la question posée en substance est simple : est-on prêt à tout casser dans sa vie pour vivre ce que l’on est vraiment. Quitter pour sortir du confort matériel où l’injonction sociale et familiale qui vous est attribuée. A l’instar de Meryl Streep dans le film avec sa vie bien rangée, elle tombe amoureuse de ce photographe joué par Clint pendant que sa famille est absente… à cette révélation et est prête à tout pour tout quitter. Jusqu’au moment où son mari rentre et la question se pose… Partir ou rester dans sa petite vie pratique et « convenable ». Elle croise son amant. Elle a la main sur la portière. Elle pourrait sortir. Elle ne le fera pas. Toute sa vie tient dans ce geste suspendu.

L’idée de Besson est là : ouvrir la porte et partir pour mieux éclore. Avoir ce courage-là, car il en faut. Surtout qu’ici, on parle d’une période avant 68 n’est pas facile. Pas simple pour une femme hétéro mais imaginez pour une homme homo : double peine. Pour l’auteur, contrairement aux œuvres qui célèbrent une forme d’épanouissement. Besson, lui, insiste sur le prix à payer. Et il est cher. Car aimer, ici, c’est choisir et choisir c’est renoncer… C’est trahir. C’est abandonner. C’est se condamner socialement dans une France des années 60 encore corsetée, où l’homosexualité se vit dans la honte et le secret. Et c’est sans doute là que le roman touche juste : dans cette articulation entre l’intime et le collectif. Le choix de Paul n’est pas seulement une affaire personnelle, il devient une déflagration familiale. Gaby, l’épouse, impose le silence comme on pose un couvercle sur un pot à stériliser que l’on oubliera dans le fond de la cave pendant des années. Les enfants grandissent avec une fiction. Et ce mensonge, loin de protéger, contamine tout : les souvenirs, les liens, les identités. Le narrateur, en cherchant la vérité, ne fait pas que reconstituer une histoire — il se découvre lui-même comme produit de ce secret. « Je vois l’histoire dont je suis l’héritier », écrit-il. Cette phrase résume toute l’ambition du livre : montrer que nous sommes faits aussi de ce qui nous a été caché. Il y a deux parties dans ce livre et je dois dire que j’ai profondément aimé la seconde.

Sur le plan stylistique, Besson c’est tout le contraire de Mauvignier avec « la maison vide » que je viens de terminer. Ici, l’auteur reste fidèle à une écriture épurée, presque transparente. Les phrases sont courtes, retenues, comme si elles respectaient encore le poids du silence qu’elles tentent de briser. Cette sobriété peut frustrer certains lecteurs en quête de chair ou de débordement, mais elle participe pleinement au thème de ce livre : dire sans forcer, émouvoir sans appuyer. Il y a, enfin, dans ce roman, une mélancolie persistante. Quelque chose d’un été qui ne finit jamais vraiment, d’un instant suspendu dont les répercussions traversent les décennies. Besson ne cherche pas à juger ses personnages, encore moins à les absoudre. Il les regarde avec cette compassion lucide qui caractérise toute son œuvre. Je me suis dit tout de même que l’on avait fait du chemin depuis les années 60. Même s’il y a encore du boulot.

En conclusion, « Une pension en Italie » pose une question simple et vertigineuse : vaut-il mieux vivre dans le renoncement ou dans la rupture ? Et surtout — combien de vies sont façonnées, à notre insu, par des décisions prises avant nous, dans le secret et la peur ? Est-on la somme des échecs de nos parents, aïeuls voire plus loin encore ? Un roman discret, mais profondément habité. Un de ceux qui murmurent longtemps après qu’on les a refermés. Alors non, le hasard n’existe pas. Certains livres vous trouvent et celui-là ne m’a pas laissé le choix… Merci Monsieur Philippe Besson!

08/06/2026

Quel plaisir de passer un moment avec Sidonie Bonnec !
Jusqu’ici, nous nous étions seulement croisées chez notre éditeur commun, Albin Michel. Mais j’avais déjà dévoré son premier roman, La Fille au pair, qui m’a empêchée de dormir plusieurs nuits de suite et c’est sans doute le plus beau compliment que l’on puisse faire à un thriller.
J’ai été embarquée dès les premières pages par Emmylou, cette jeune Bretonne qui part à Londres comme fille au pair dans une famille chic et lisse en apparence, avec l’espoir d’une nouvelle vie. Puis l’atmosphère se trouble. Devient malsaine. Angoissante. Les certitudes vacillent, la paranoïa s’installe et les pages se tournent de plus en plus vite.
Mais que se passe-t-il vraiment à Hidden Grove ?
Un roman aussi addictif qu’inquiétant, d’autant plus troublant qu’il est inspiré de l’histoire de Sidonie elle-même.
Il vient de paraître en Livre de Poche : ne vous en privez surtout pas.
Quant à moi, j’ai fait une rencontre lumineuse. ✨

D’ailleurs, ça se voit sur la photo, non ? ✨



Éditions Albin Michel

Le Grand MondeCalmann-Lévy 25 janvier 2022Les années glorieusesRésuméTrois histoires d'amour, un lanceur d'alerte, une a...
07/06/2026

Le Grand Monde
Calmann-Lévy 25 janvier 2022
Les années glorieuses
Résumé

Trois histoires d'amour, un lanceur d'alerte, une adolescente égarée, deux processions, Bouddha et Confucius, un journaliste ambitieux, une mort tragique, le chat Joseph, une épouse impossible, un sale trafic, une actrice incognito, une descente aux enfers, cet imbécile de Doueiri, un accent mystérieux, la postière de Lamberghem, grosse promotion sur le linge de maison, le retour du passé, un parfum d'exotisme, une passion soudaine et irrésistible. Et quelques meurtres.

Un roman mouvementé et jubilatoire qui nous entraîne dans les Trente Glorieuses.

Mon avis :

Le Grand Monde : Pierre Lemaitre ou l'art retrouvé du grand roman populaire

Avec Le Grand Monde, Pierre Lemaitre ouvre une nouvelle fresque romanesque consacrée aux Trente Glorieuses et confirme ce que beaucoup de lecteurs pressentaient déjà : il est aujourd'hui l'un des derniers grands conteurs de la littérature française. Après avoir exploré les blessures de l'entre-deux-guerres dans sa trilogie des Enfants du désastre, récompensée par le prix Goncourt pour Au revoir là-haut, il déplace son regard vers l'après-guerre en choisissant de commencer son récit en 1948, à un moment où tout va mal. Une époque charnière où la prospérité à venir dissimule encore les ruines morales du conflit, les inégalités sociales persistantes et les impasses du système colonial.

Le récit débute à Beyrouth, où la famille Pelletier, qui a bâti sa fortune dans l'industrie du savon, voit ses enfants s'éparpiller aux quatre coins d'un monde en pleine mutation. Paris, Saïgon et Beyrouth deviennent les scènes d'un immense théâtre humain où se croisent ambitions, passions, trahisons, secrets de famille, crimes et espoirs. À partir de cette matière foisonnante, Lemaitre construit un roman qui relève à la fois de la saga familiale, du récit historique, du roman d'aventures, du polar et du feuilleton populaire.

Ce qui frappe d'abord, c'est le souffle. Dès les premières pages, le lecteur est happé par une mécanique narrative d'une efficacité redoutable. Chaque chapitre semble appeler le suivant avec une évidence irrésistible. Les intrigues s'entremêlent, les destins se croisent, les révélations surgissent au moment précis où l'on croit avoir compris la direction du récit. Cette maîtrise du suspense rappelle les grands feuilletonistes du XIXe siècle, de Dumas à Eugène Sue, mais également les meilleures séries contemporaines dont Lemaitre semble avoir assimilé le sens du rythme et de la relance dramatique.

Pourtant, réduire Le Grand Monde à une simple machine à raconter serait profondément injuste. Derrière l'efficacité du conteur se cache un remarquable observateur des sociétés. Lemaitre ressuscite une époque avec une précision presque sensorielle. On sent la chaleur poussiéreuse de Beyrouth, l'humidité étouffante de Saïgon, l'agitation fébrile des rédactions parisiennes. Les odeurs, les sons, les couleurs participent pleinement à l'immersion et donnent au roman une densité rare.

L'autre grande réussite réside dans la richesse de sa galerie de personnages. Les Pelletier forment une famille imparfaite, traversée de contradictions et de blessures, mais profondément humaine. Certains personnages secondaires sont particulièrement savoureux et acquièrent parfois une présence mémorable qui dépasse celle des protagonistes principaux. Chacun semble posséder sa propre logique, ses failles, ses désirs et sa part d'ombre.

À cette richesse psychologique s'ajoute une qualité plus rare encore : l'empathie. Pierre Lemaitre ne juge jamais ses personnages. Il les observe avec une ironie douce, parfois mordante, mais toujours profondément humaine. Les ambitions démesurées, les mensonges, les lâchetés ou les erreurs deviennent autant de révélateurs de la condition humaine. Même lorsque certains protagonistes se montrent odieux ou ridicules, l'auteur leur conserve une part de dignité qui les rend crédibles et souvent attachants.

Cette attention portée aux êtres rappelle les grands romanciers du XIXe siècle. On pense naturellement à Balzac pour l'ampleur de la fresque sociale, mais aussi à Alexandre Dumas pour le goût de l'aventure et du rebondissement. Pourtant, Lemaitre ne se contente pas d'imiter ses illustres prédécesseurs. Il réinvente leur héritage avec une sensibilité contemporaine, un regard lucide sur l'Histoire et une remarquable capacité à faire dialoguer la grande histoire et les destins individuels.

Mais le véritable tour de force de Lemaitre est ailleurs : il parvient à intégrer une réflexion historique exigeante sans jamais sacrifier le plaisir romanesque. La guerre d'Indochine, les trafics de piastres, les ambiguïtés du système colonial, la place des femmes dans la société d'après-guerre, l'évolution de la presse moderne — on aime retrouver les ambiances de rédaction de France-Soir, les avant-tirages, le bruit des linotypistes et les odeurs d'encre des rotatives — s'inscrivent naturellement dans le récit. Rien n'est démonstratif ; tout passe par les personnages et leurs expériences de vie.

Il faut également saluer l'humour qui traverse constamment le roman. Un humour parfois discret, parfois franchement jubilatoire, qui allège les situations les plus sombres et participe au plaisir de lecture. Derrière les drames familiaux, les intrigues criminelles et les tensions politiques, Lemaitre glisse régulièrement des scènes savoureuses où l'absurde, le décalage et la cocasserie des comportements humains font merveille.

Cette élégance narrative explique sans doute pourquoi Le Grand Monde se dévore avec une telle facilité malgré ses presque six cents pages. Lemaitre possède ce talent devenu rare : faire oublier l'architecture monumentale de son œuvre derrière l'évidence du récit. Le lecteur avance sans effort apparent dans une construction pourtant extrêmement sophistiquée. Il revendique l'héritage des grands récits populaires, ceux qui privilégient l'histoire, les personnages et le plaisir de lecture. Mais c'est précisément cette fidélité à une certaine tradition qui fait aujourd'hui son originalité.

À l'heure où une partie de la littérature semble parfois se détourner du récit pour privilégier l'introspection ou l'expérimentation formelle, Pierre Lemaitre revendique avec bonheur le plaisir de raconter. Le Grand Monde rappelle que l'ambition littéraire n'est pas incompatible avec le divertissement, bien au contraire. En refermant ce premier volume, le lecteur éprouve cette sensation devenue rare : celle d'avoir vécu plusieurs vies, traversé plusieurs continents et accompagné une multitude de destins sans avoir vu passer le temps.

Le Grand Monde est un roman généreux, ambitieux et profondément jubilatoire. Une fresque historique captivante, portée par un souffle romanesque exceptionnel, qui donne envie de tourner chaque page et, surtout, de se précipiter vers les volumes suivants. Rarement l'expression « grand roman populaire » aura semblé aussi méritée.

Pierre Lemaitre réussit ici ce que peu d'écrivains contemporains accomplissent encore : raconter le monde tout en racontant des histoires. Et quelles histoires !

Pour ma part, ce premier tome a produit un effet devenu rare : celui de refermer un livre avec la certitude que l'aventure ne fait que commencer. Les Pelletier continuent de vivre quelque part dans l'esprit du lecteur longtemps après la dernière page. On quitte leur univers avec regret, mais aussi avec l'impatience gourmande de retrouver cette famille dans les volumes suivants.

À suivre : Le Silence et la Colère...

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L’occasion est donc idéale pour revenir sur dix grands films de guerre français.

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Voilà presque 5 mois que mon roman Une pension en Italie est disponible. L'avez-vous lu ? ☀️

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