29/03/2026
Entre mémoire, modernité et mise en scène...
On est là. Dans le noir. Encore. La coupure quotidienne nous rappelle qu’on vit au présent… mais aussi dans un passé qui ne passe pas. Et pendant ce temps, à New York, on vote des résolutions historiques. Le 25 mars, l’ONU découvre enfin que la traite négrière est le plus grand crime contre l’humanité. Mieux vaut t**d que jamais, dit-on. Mais quand même. Ce qui intrigue, ce ne sont pas les 123 voix pour. Non. Ce sont les trois contre. Argentine, États-Unis, Israël. Quelle surprise… Et puis cette idée étrange : ce sont les héritiers des systèmes qui jugent les systèmes. Comme si le jury et l’accusé partageaient la même table. On parle de mémoire, de réconciliation, d’avenir. Et surtout, on insiste : ce n’est pas une vengeance. Ce n’est pas une hiérarchie des crimes. Ce n’est pas un procès t**dif. C’est une reconnaissance. Une mise à plat. Une manière de compléter l’histoire sans la maquiller. Mais justement. Si ce n’est pas une vengeance, pourquoi certains ont-ils encore peur de regarder l’histoire en face ? Parce que reconnaître, ce n’est pas punir. C’est admettre. Et ça, visiblement, c’est encore trop demandé.
Pendant ce temps-là, chez nous, on digitalise. Le permis de conduire devient intelligent. QR code. Puce NFC. Technologie de pointe. Le futur est là. Enfin presque. Parce que le futur a un prix. 10 000 FCFA pour conduire une voiture. 20 000 pour le reste. Et là, bizarrement, la modernité devient un peu moins séduisante. On nous dit que c’est pour lutter contre la fraude. Très bien. Mais qui lutte contre le portefeuille du citoyen ? Toujours le même scénario. L’État innove, le citoyen paie. Et en plus, il doit se dépêcher. Six mois. Pas un de plus. Sinon quoi ? Ce n’est plus une réforme, c’est une course contre la montre… avec ticket d’entrée obligatoire.
Et puis il y a le théâtre. Le grand théâtre politique. Journée de l’enseignant. Décor solennel. Discours appuyé. Et soudain, miracle : les vacations seront payées. Les bourses aussi. Comme ça. D’un coup. Presque par magie. “J’irai même plus loin”, dit le président. Comme dans une série bien écrite. Suspense. Rebondissement. Applaudissements attendus. Sauf que personne n’est dupe. Ce n’est pas une improvisation. C’est un calendrier. Un timing. Une mise en scène. On transforme des obligations en cadeaux. On emballe des ret**ds comme des surprises. Et après, on s’étonne que les gens grincent des dents. Mais bon. Apparemment, ici, être lucide, c’est déjà être ingrat.
Avec tout ce qui se passe dans le monde, les rapports internationaux se redessinent sous nos yeux. Nous vivons une époque qui se veut progressiste, une époque de grands discours et de nouveaux combats idéologiques. Mais pour espérer jouer un rôle dans le concert des nations, il faut d’abord se regarder en face. Se corriger. Se moderniser vraiment, pas seulement en façade. Parce que si chaque avancée se transforme en facture pour le citoyen, si chaque ret**d devient une occasion de lui faire payer l’addition, alors on tourne en rond. Et si, en plus, on se laisse emporter par le théâtre politique, par les effets d’annonce et les calculs bien huilés, on finit par confondre progrès et mise en scène. Il est temps d’élever le niveau. D’exiger mieux. Et surtout de penser par nous-mêmes. Parce qu’au fond, un peuple qui ne questionne pas ce qui est fait en son nom finit toujours par en subir les conséquences sans jamais en comprendre le sens, et comme le disait Hannah Arendt, « penser, c’est déjà résister ».