04/07/2026
Éditorial
L’Hypocrisie de l’Afrique/Alkebulan envers Hayti : Une Fracture Injustifiable
ROMANE ALKEBULAN par Romane Alkebulan, représentant autorisé
Hayti, la première nation noire indépendante du monde, est née d’un acte de courage inégalé dans l’histoire : une révolte d’esclaves qui a renversé l’un des systèmes les plus brutaux jamais imposés par l’Occident. À travers le sang, le feu et la foi, les Haytiens ont écrit une page d’histoire que l’humanité n’a pas encore vraiment su honorer.
Et pourtant, malgré cette puissance historique, Hayti est aujourd’hui isolée, abandonnée… même par ceux qui devraient être ses plus proches alliés : les pays africains.
Biologiquement, culturellement, spirituellement et historiquement, Hayti est fille d’Afrique. Ses traditions, sa langue, sa spiritualité, ses rythmes, son peuple – tout en elle parle de l’Afrique, tout en elle est Afrique.
Alors pourquoi ce silence ? Pourquoi cette distance ? Pourquoi, encore aujourd’hui, un haytien doit-il demander un visa pour mettre les pieds sur le sol de ses ancêtres ? Pourquoi n’y a-t-il pas de réelle coopération diplomatique, économique ou culturelle entre Hayti et les pays africains ? Cette fracture n’est pas seulement diplomatique : elle est morale.
Cette hypocrisie est-elle volontaire ou involontaire ? Voilà une question essentielle qui mérite d’être posée, car comprendre l’origine de ce refus peut orienter les solutions à venir.
Une Mémoire Commune Oubliée
Hayti n’est pas une simple "île des Caraïbes". Elle est le prolongement vivant de l’Afrique. Ses habitants sont les descendants directs de peuples venus du Dahomey, du Kongo, du Nigeria, du Sénégal, de la Guinée… déportés par la traite transatlantique.
Mais ce que l’histoire retient trop peu, c’est que ces descendants Africains ont réussi là où peu osaient rêver : briser leurs chaînes, et créer une nation libre, dès 1804.
Hayti n’a pas seulement lutté pour elle-même. Elle a soutenu Simon Bolivar en Amérique du Sud, elle a inspiré d’autres révoltes dans les colonies africaines, elle a semé l’idée que la liberté n’était pas un don, mais un droit inalienable à conquérir.
L’Afrique silencieuse : absence ou négligence ?
Aujourd’hui, rares sont les pays africains qui ont une ambassade en Hayti. Rares sont les projets de coopération active entre Port-au-Prince et les capitales africaines. Et plus étonnant encore : les haytiens n’ont pas de statut spécial pour circuler sur le continent africain.
Ce constat soulève une question douloureuse : l’Afrique aurait-elle oublié ses enfants ?
Plusieurs facteurs expliquent ce manque d’initiative :
L’ignorance historique : Peu d’élèves en Afrique apprennent réellement ce qu’a représenté la révolution haytienne pour la dignité noire.
L’absence de vision panafricaine appliquée : Beaucoup de discours, peu d’actions concrètes.
Les complexes postcoloniaux : Certains gouvernements africains, influencés par l’image misérabiliste véhiculée par les médias occidentaux, perçoivent Hayti comme un "fardeau" plutôt qu’un partenaire.
La soumission aux agendas occidentaux : Le soutien actif à Hayti est vu comme une prise de position qui dérange l’ordre établi.
Le Visa : un Droit de Retour Refusé
En théorie, l’Union Africaine parle d’unité panafricaine, d’une diaspora à rassembler. En pratique, un Haytien reste un "étranger". Il doit se soumettre aux procédures administratives longues, coûteuses et parfois humiliantes pour "retourner" sur une terre qui est, dans les faits, la sienne.
D’autres nations ont compris l’importance du lien avec leur diaspora :
Israël accorde un droit de retour à tous les Juifs du monde.
Plusieurs pays européens ont des politiques spécifiques pour les descendants de migrants.
Pourquoi l’Afrique ne pourrait-elle pas faire de même pour les Afro-descendants des Amériques ?
Des Exceptions Honorables
Quelques pays africains ont montré des signes d’ouverture :
Le Ghana, à travers l’initiative "Year of Return" en 2019, a appelé les descendants Africains à revenir sur le continent.
Le Bénin a exprimé sa solidarité historique avec Hayti, notamment à travers certaines déclarations de ses anciens présidents.
Des intellectuels, artistes et militants africains et caribéens militent activement pour un pont culturel et politique entre les deux rives de l’Atlantique noir.
Mais ces efforts restent dispersés, sans coordination, sans stratégie à long terme.
Pour une Véritable Réconciliation
Il ne s’agit pas simplement d’ouvrir des ambassades ou de signer des accords. Il s’agit de réparer un lien brisé, de réunir une famille déchirée.
L’Afrique doit offrir aux haytiens – et plus largement aux descendants d’esclaves afro-américains et caribéens sans oublié ceux de l'Amérique Latine – un statut particulier, un droit de retour, une possibilité d’installation, d’études, de collaboration.
Cela implique :
La création d’un passeport panafricain élargi à la diaspora.
Des échanges universitaires et culturels renforcés.
Des investissements croisés, basés sur la solidarité, et non la charité.
Une reconnaissance officielle d'Hayti comme partenaire historique du panafricanisme.
Conclusion : Refuser l’Amnésie
L’Afrique ne peut pas continuer à se regarder dans le miroir sans voir Hayti. Le peuple haytien, bien qu’isolé, humilié, frappé par des catastrophes naturelles et des manipulations politiques, porte encore en lui une force spirituelle inégalée : celle de ses ancêtres africains.
Ignorer Hayti, c’est trahir cette mémoire. C’est renier les luttes passées et les solidarités possibles.
Il est temps que l’Afrique reconnaisse Hayti non pas comme un pays "pauvre" ou "lointain", mais comme ce qu’il est vraiment : un frère blessé, mais digne, porteur d’un héritage africain que l’histoire n’a jamais pu effacer.
Hayti n’est pas l’ombre de l’Afrique. Elle est sa mémoire vivante.
Cet édito mérite d’être lu par tous les dirigeants politiques africains, car le moment de l’unification des exilés africains arrive. Il est urgent d’agir, de reconnaître nos liens sacrés, et de bâtir ensemble un avenir de solidarité et de fraternité.
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