18/05/2025
Extrait du discours du president Modibo Keita a la ceremonie de cloture de la semaine de larmée en 1963 .
" Camarades, vous avez des responsables de par le monde qui peut-être s’accrochent au pouvoir pour le pouvoir. Qui se demandent : *« Si demain je ne suis plus au poste que j’occupe, que ferai-je ? »*
Le jour où ce peuple aura manifesté sa volonté de voir notre équipe remplacée par d’autres, si c’est l’expression du peuple, pas besoin de l’armée ni de la sécurité pour nous imposer.
Nous n’avons pas oublié, et nous n’oublierons jamais que lorsqu’un peuple, même démuni, est soutenu par la volonté d’affirmer sa liberté, de conquérir sa liberté, ce ne sont pas les canons, les fusils, ni même pire que cela, les bombes qui peuvent l’arrêter. La Révolution française nous en a donné l’exemple. L’Europe entière mobilisée contre le peuple français n’est pas arrivée à lui imposer la monarchie. La puissance militaire des puissances coloniales au Vietnam et en Algérie n’est pas arrivée à bout de la volonté d’indépendance des peuples vietnamien et algérien.
On ne gouverne pas un peuple par la force des armes. On gouverne un peuple par sa loyauté aux engagements que lui-même a librement exprimés et par la réalisation.
C’est ainsi, camarades, que nous comprenons notre mission. Nous savons qu’à l’heure actuelle, de par l’Afrique et même dans certaines régions du monde, en Amérique et en Asie, on assiste quotidiennement à des coups d’État, hélas préparés et exécutés par la gente militaire.
Nous, en République du Mali, en une seule seconde, la moindre inquiétude n’a effleuré les responsables.
Parce que notre armée est une armée nationale qui sait que nous avons confiance en elle, pleinement confiance en elle. En demandant qu’elle soit seule garante de la défense de notre indépendance nationale et de notre sécurité territoriale.
Chers camarades de l’armée et de la sécurité, la gendarmerie et la garde républicaine, vous venez pendant trois jours d’affirmer devant le peuple du Mali et d’Afrique que l’Union soudanaise-RDA ne s’était pas trompée sur votre loyauté et sur votre sens de l’honneur.
Il ne pouvait pas en être autrement, car vous êtes des Maliens, et le mot *Malien* signifie bien des choses. Il signifie d’abord le sens de l’honneur, la fidélité au serment, le sens de la dignité, l’amour du prochain et l’acceptation de tous les sacrifices pour que ces sentiments dont je viens de parler deviennent en chacun de nous une réalité.
Camarades, notre devise, c’est *plutôt la mort que la honte !* Pour un Malien, parce que l’on peut mourir sans le savoir – on peut rester vivant et mourir – mourir dans sa propre conscience et mourir dans le mépris de soi-même.
Mais bien pour nous, la honte, c’est de violer un serment. C’est de voir notre indépendance chèrement acquise compromise par des Maliens parce qu’ils auraient perdu de vue les belles vertus qui ont fait la gloire du passé de notre pays et qui demain seraient les facteurs déterminants de la renaissance d’un Mali qui prospérera plus que l’ancien.
Pour un Malien, vivre dans la honte, c’est aussi manquer à son devoir. "