La Chronique de Seydou SOW

La Chronique de Seydou SOW Économiste financier & analyste quantitatif. J’explique l’économie autrement, avec clarté et rigueur.

𝑻𝒆𝒏𝒊𝒓 𝒃𝒐𝒏 : 𝒍𝒆 𝑺é𝒏é𝒈𝒂𝒍 𝒇𝒂𝒄𝒆 𝒂𝒖 𝒈𝒓𝒂𝒏𝒅 𝒕𝒆𝒔𝒕 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆Le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les pe...
04/11/2025

𝑻𝒆𝒏𝒊𝒓 𝒃𝒐𝒏 : 𝒍𝒆 𝑺é𝒏é𝒈𝒂𝒍 𝒇𝒂𝒄𝒆 𝒂𝒖 𝒈𝒓𝒂𝒏𝒅 𝒕𝒆𝒔𝒕 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆

Le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les perspectives économiques régionales de l’Afrique subsaharienne, publié en octobre 2025 et intitulé « Tenir bon », dresse un constat lucide sur la situation économique du continent.

L’Afrique subsaharienne demeure résiliente, mais cette résilience repose sur des bases fragiles. Le FMI souligne que la croissance régionale, projetée à 4,1 % en 2025, reste confrontée à un environnement mondial de plus en plus contraignant, marqué par la raréfaction des financements extérieurs et la baisse de l’aide publique au développement.

Dans ce contexte, deux priorités s’imposent : la mobilisation des recettes intérieures et le renforcement de la transparence dans la gestion de la dette. Des orientations qui trouvent aujourd’hui un écho particulier dans la trajectoire budgétaire du Sénégal.

1. 𝑳’𝑨𝒇𝒓𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒔𝒖𝒃𝒔𝒂𝒉𝒂𝒓𝒊𝒆𝒏𝒏𝒆 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒖𝒏 𝒆𝒏𝒗𝒊𝒓𝒐𝒏𝒏𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒊𝒏𝒄𝒆𝒓𝒕𝒂𝒊𝒏

Selon le rapport Tenir bon, la région doit composer avec une conjoncture internationale défavorable :

Le FMI note que les pays à faible revenu et les États fragiles sont les plus exposés, car leurs marges budgétaires sont déjà limitées et leurs besoins sociaux demeurent considérables. Face à ces contraintes, le rapport insiste sur la nécessité pour les gouvernements africains d’améliorer la qualité de leur gestion publique. Il recommande une meilleure administration fiscale, la numérisation des procédures, la réduction des exonérations inefficaces et la publication régulière des données sur la dette publique. Ces réformes, selon le FMI, ne visent pas uniquement à accroître les recettes, mais à renforcer la crédibilité des politiques économiques dans un contexte de vulnérabilité budgétaire et financière .

2. 𝑳𝒆 𝑺é𝒏é𝒈𝒂𝒍, 𝒆𝒏𝒕𝒓𝒆 𝒗é𝒓𝒊𝒕é 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒆𝒕 𝒓𝒆𝒅𝒓𝒆𝒔𝒔𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕

Le Projet de Loi de Finances pour l’année 2026 s’inscrit pleinement dans cette dynamique de correction et de restauration de la crédibilité budgétaire. Les nouvelles autorités ont en effet révélé, à la suite du rapport de la Cour des comptes, l’existence d’un endettement public estimé à 119 % du PIB, dont une partie contractée hors du cadre budgétaire.

Cette situation a mis en lumière les fragilités accumulées des finances publiques et justifié la mise en œuvre d’un Plan de Redressement économique et social (PRES) adossé à la Stratégie nationale de Développement 2025-2029 .

Le gouvernement ambitionne de ramener progressivement le déficit budgétaire de 12 % du PIB en 2024 à 5,37 % en 2026, avant d’atteindre la norme communautaire de 3 % à l’horizon 2027.

Cet effort d’assainissement repose sur une stratégie de consolidation budgétaire, la maîtrise de la masse salariale et une politique d’endettement plus sélective, axée sur le marché régional et les financements en monnaie locale.

3.𝑼𝒏𝒆 𝒓é𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆 𝒇𝒊𝒔𝒄𝒂𝒍𝒆 𝒆𝒏 𝒄𝒐𝒉é𝒓𝒆𝒏𝒄𝒆 𝒂𝒗𝒆𝒄 𝒍𝒆𝒔 𝒓𝒆𝒄𝒐𝒎𝒎𝒂𝒏𝒅𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒅𝒖 𝑭𝑴𝑰

L’un des piliers majeurs du PLFI 2026 réside dans la modernisation de la politique fiscale. Le Sénégal prévoit la révision du Code général des impôts, du Code des douanes et la mise en œuvre d’un nouveau Code des investissements.

Ces réformes visent à élargir l’assiette fiscale en intégrant des secteurs jusqu’ici peu exploités, tels que :

les jeux de hasard, les transactions de « mobile money », certaines importations (téléphones, véhicules, produits pétroliers), ainsi que la régularisation foncière et la taxation de l’or.

Ces mesures devraient générer près de 763 milliards FCFA de recettes additionnelles, permettant de réduire la dépendance à l’endettement et d’accroître les capacités de financement du développement .

Cette orientation, axée sur la mobilisation des ressources internes, rejoint parfaitement les recommandations formulées dans Tenir bon.

4. 𝑻𝒓𝒂𝒏𝒔𝒑𝒂𝒓𝒆𝒏𝒄𝒆 𝒆𝒕 𝒈𝒐𝒖𝒗𝒆𝒓𝒏𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆

Au-delà des aspects fiscaux, le PLFI 2026 met un accent particulier sur la transparence et la sincérité budgétaire.

L’objectif est d’instaurer un suivi rigoureux de l’exécution du budget, à travers la publication régulière des rapports trimestriels, la digitalisation complète du système de gestion (SIGIF) et la centralisation des données relatives à la dette publique. Cette démarche traduit une volonté de rompre avec les pratiques antérieures, où certaines dépenses échappaient au contrôle budgétaire. Ainsi, la transparence devient non seulement une exigence de bonne gouvernance, mais aussi un levier de crédibilité pour restaurer la confiance des citoyens et des partenaires financiers.

5. 𝑬𝒏𝒕𝒓𝒆 𝒅𝒊𝒔𝒄𝒊𝒑𝒍𝒊𝒏𝒆 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒆𝒕 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒊𝒄𝒆 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒂𝒍𝒆

Le défi pour le Sénégal, comme pour l’ensemble de la région, sera d’articuler la rigueur budgétaire avec la justice sociale.

Les efforts d’assainissement ne peuvent être durables que s’ils s’accompagnent d’investissements ciblés dans les secteurs à fort impact social : éducation, santé, emploi et inclusion territoriale. Le FMI, tout comme les autorités sénégalaises, reconnaissent que la stabilité macroéconomique n’a de sens que si elle s’inscrit dans une perspective de développement équitable et soutenable.

𝑪𝒐𝒏𝒄𝒍𝒖𝒔𝒊𝒐𝒏

Tenir bon, pour le FMI, c’est l’appel à la résilience et à la discipline.

Pour le Sénégal, c’est aussi l’opportunité d’une refondation : celle d’un État qui accepte de regarder la vérité en face pour rebâtir sur des bases saines.

L’alignement entre les recommandations du FMI et le programme budgétaire du Sénégal ne doit pas être perçu comme une soumission, mais comme une convergence de raison : celle d’une gestion publique responsable, au service de la souveraineté économique et du redressement national.

À lire et à consulter

👉 Perspectives Économiques Régionales : Afrique subsaharienne, Octobre 2025 Tenir bon (https://www.elibrary.imf.org/display/book/9798229026277/9798229026277.xml)

👉 Projet de Loi de Finances pour l’année 2026 (https://www.finances.gouv.sn/app/uploads/PROJET-DE-LOI-LFI-2026_PUB.pdf)
Seydou Sow - Economiste Financier & Analyste Quantitatif - [email protected]

𝑩𝒂𝒊𝒔𝒔𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒕𝒂𝒓𝒊𝒇𝒔 𝒅𝒆 𝒍’é𝒍𝒆𝒄𝒕𝒓𝒊𝒄𝒊𝒕é : 𝒒𝒖𝒆𝒍 𝒍𝒆𝒗𝒊𝒆𝒓 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒖𝒏 É𝒕𝒂𝒕 𝒔𝒂𝒏𝒔 𝒎𝒂𝒓𝒈𝒆 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆 ?L’annonce du Premier ministre   d’u...
03/11/2025

𝑩𝒂𝒊𝒔𝒔𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒕𝒂𝒓𝒊𝒇𝒔 𝒅𝒆 𝒍’é𝒍𝒆𝒄𝒕𝒓𝒊𝒄𝒊𝒕é : 𝒒𝒖𝒆𝒍 𝒍𝒆𝒗𝒊𝒆𝒓 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒖𝒏 É𝒕𝒂𝒕 𝒔𝒂𝒏𝒔 𝒎𝒂𝒓𝒈𝒆 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆 ?

L’annonce du Premier ministre d’une baisse prochaine du prix de l’électricité, du gaz et du pétrole a suscité autant d’espoir que d’interrogations. Dans un contexte budgétaire aussi serré que le nôtre — marqué par un déficit latent, un endettement croissant et un retour sous programme avec le FMI —, la question cruciale est simple : par quel levier cette réduction pourrait-elle être opérée ?

1. 𝑳𝒆 𝒍𝒆𝒗𝒊𝒆𝒓 𝒃𝒖𝒅𝒈é𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆 : 𝒍𝒂 𝒗𝒐𝒊𝒆 𝒇𝒆𝒓𝒎é𝒆

Historiquement, le Sénégal a soutenu le secteur énergétique par des subventions massives. Entre 2012 et 2022, plus de 763 milliards de FCFA ont été mobilisés pour amortir le coût de production et stabiliser les tarifs. Mais aujourd’hui, l’État ne dispose plus de marge budgétaire : les transferts vers SENELEC pèsent lourdement sur les dépenses publiques, et le FMI plaide depuis plusieurs années pour la suppression progressive de ces subventions jugées inefficaces et régressives. Autrement dit, le levier budgétaire est verrouillé : injecter davantage de ressources reviendrait à aggraver le déficit et à compromettre la crédibilité financière de l’État.

2. 𝑳𝒆 𝒍𝒆𝒗𝒊𝒆𝒓 𝒇𝒊𝒔𝒄𝒂𝒍 : 𝒖𝒏𝒆 é𝒒𝒖𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒑𝒂𝒓𝒂𝒅𝒐𝒙𝒂𝒍𝒆

Une autre option consisterait à réduire la fiscalité sur l’énergie (TVA, droits d’accise, taxes sur les produits pétroliers). Mais ce levier fiscal, en apparence simple, crée un paradoxe : alors que le gouvernement mise sur un élargissement de l’assiette fiscale (avec la taxation du tabac, des jeux de hasard ou du mobile money) pour renforcer les recettes, une réduction d’impôt sur l’énergie viendrait annuler une partie de cet effort. C’est donc, là encore, un levier limité, difficilement conciliable avec la stratégie de redressement des finances publiques.

3. 𝑳𝒆 𝒍𝒆𝒗𝒊𝒆𝒓 𝒅’𝒐𝒑𝒕𝒊𝒎𝒊𝒔𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 : 𝒍𝒂 𝒑𝒊𝒔𝒕𝒆 𝒍𝒂 𝒑𝒍𝒖𝒔 𝒓é𝒂𝒍𝒊𝒔𝒕𝒆

Comme l’a bien expliqué Abdoul Kambane DIEDHIOU dans sa contribution intitulée « Électricité au Sénégal : le pays aurait payé 78 milliards FCFA pour une énergie non consommée », le levier le plus crédible aujourd’hui reste celui de l’optimisation. Les audits de la Commission de Régulation du Secteur de l’Énergie (CRSE) révèlent un surcoût massif : entre 2020 et 2022, 871 GWh d’électricité excédentaire ont été achetés auprès des producteurs privés (IPP), soit près de 78 milliards de FCFA dépensés pour une énergie jamais consommée. Ce gaspillage découle des clauses dites “Take-or-Pay”, qui obligent SENELEC à payer une quantité minimale, qu’elle soit utilisée ou non. Résultat : des milliards payés pour du courant inutilisé, alourdissant les charges de l’opérateur et, par ricochet, les subventions de l’État.

La stratégie actuelle du gouvernement semble donc claire : optimiser plutôt que subventionner.

Cela passe par :

- la révision des contrats PPA avec les IPP, pour plus de flexibilité ;

- une meilleure planification du dispatching entre les différentes sources d’énergie ;

- et la réduction des surcoûts d’exploitation liés à la logistique et aux combustibles.

4. 𝑳𝒆𝒔 𝒍𝒊𝒎𝒊𝒕𝒆𝒔 𝒅𝒆 𝒍’𝒐𝒑𝒕𝒊𝒎𝒊𝒔𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏

Cette approche est vertueuse à long terme, mais insuffisante à court terme. Car la transition gazière, censée réduire le coût de production, n’entrera pleinement en service qu’en 2026. En attendant, SENELEC reste dépendante d’un mix énergétique coûteux, et la révision des PPA est un processus juridique complexe. La baisse promise pourrait donc être progressive, voire symbolique, le temps que les effets structurels de l’optimisation se matérialisent.

𝑬𝒏 𝒔𝒐𝒎𝒎𝒆

La promesse de baisse des tarifs repose sur une stratégie d’assainissement interne plutôt que sur une injection budgétaire. Si elle est menée avec rigueur — et accompagnée d’une réforme profonde des contrats et de la gouvernance énergétique —, cette voie pourrait amorcer une transition vers un modèle plus sobre et plus juste.

Mais d’ici là, l’équation restera fragile : 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒔𝒐𝒖𝒍𝒂𝒈𝒆𝒓 𝒍𝒆 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒐𝒎𝒎𝒂𝒕𝒆𝒖𝒓 𝒔𝒂𝒏𝒔 𝒇𝒓𝒂𝒈𝒊𝒍𝒊𝒔𝒆𝒓 𝒍’É𝒕𝒂𝒕 ?

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