30/05/2026
Troisième Recensement Général de la Population au Tchad : à Léré, l'espoir des jeunes se mêle aux interrogations
Léré, Mayo-Kebbi Ouest – L'Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques (INSEED) a officiellement lancé à Léré la formation des futurs agents recenseurs dans le cadre du Troisième Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPH3), une opération stratégique destinée à fournir des données actualisées sur la population tchadienne.
La cérémonie de lancement a été présidée par le chef de mission, M. Rakseubé Oursinbé, en présence des autorités administratives locales, notamment le représentant du maire de la commune et le sous-préfet.
Très tôt dans la matinée, la cour du Lycée Évangélique de Léré a été prise d'assaut par des milliers de jeunes venus de plusieurs provinces du pays. Beaucoup ont parcouru de longues distances, certains depuis N'Djamena et d'autres grandes villes, avec l'espoir d'être retenus parmi les agents qui participeront à cette importante opération nationale.
Pendant dix-huit jours, les candidats suivront une formation intensive alliant théorie et pratique. Cette étape constitue une phase de sélection décisive : seuls les participants jugés aptes à l'issue des évaluations seront retenus comme agents recenseurs ou contrôleurs de terrain.
Si l'ambiance générale était marquée par l'enthousiasme et l'espoir de contribuer à une mission d'intérêt national, de nombreuses préoccupations étaient également perceptibles sur les visages des participants.
La principale source d'inquiétude concerne l'indemnité de formation fixée à 40 000 francs CFA pour l'ensemble des dix-huit jours. Plusieurs candidats estiment que cette somme demeure insuffisante au regard des dépenses engagées pour le transport, l'hébergement et la restauration.
« Nous sommes venus servir notre pays, mais beaucoup d'entre nous ont dépensé davantage que ce que nous recevrons durant toute la formation », confie un participant rencontré sur le site.
Au-delà de la question financière, certains jeunes s'interrogent sur le sort réservé aux candidats qui ne seront pas retenus à l'issue des évaluations. Après avoir quitté leurs familles, parfois parcouru des centaines de kilomètres et consacré près de trois semaines à la formation, que deviendront ceux qui échoueront à la sélection finale ?
Cette interrogation revient avec insistance dans les discussions entre participants. Pour plusieurs d'entre eux, l'absence de perspectives claires après la formation nourrit un sentiment d'incertitude.
Dans les groupes de discussion, certains n'hésitent pas à exprimer leur frustration sur un ton ironique.
« Comment le Tchad peut-il espérer rattraper les autres pays ? Depuis l'indépendance, nous sommes seulement au troisième recensement général de la population. Et lorsque l'on voit les conditions proposées à ceux qui doivent réaliser cette mission, cela prête à réflexion », lance un candidat sous les rires de ses camarades.
Malgré ces critiques, les participants reconnaissent l'importance du recensement pour l'avenir du pays. Les données recueillies permettront aux pouvoirs publics de mieux planifier les politiques de développement, de répartir les infrastructures, d'orienter les investissements publics et d'améliorer la fourniture des services sociaux de base.
Pour de nombreux observateurs, le défi de l'INSEED ne se limite donc pas à la réussite technique du recensement. Il consiste également à maintenir la motivation des milliers de jeunes mobilisés pour cette opération, dont l'engagement représente l'un des piliers essentiels de la collecte des données sur l'ensemble du territoire national.
À Léré, alors que les mots d'ordre de formation ont déjà commencé, une question demeure dans tous les esprits : après dix-huit jours d'efforts, de sacrifices et d'attente, quelle réponse sera apportée aux nombreux candidats qui ne figureront pas sur la liste définitive des agents recenseurs ?
La réponse à cette préoccupation pourrait largement influencer la perception de cette importante opération nationale auprès de la jeunesse tchadienne.