12/09/2026
Le mystère Moundang : mais quel est donc leur secret pour franchir les mailles ?
Concours, examens, diplômes : quand les Moundang se présentent, les mailles du filet semblent soudainement s’élargir
N’Djamena — Il y a des phénomènes qui méritent une enquête. Pas forcément une commission d’enquête nationale, encore moins une session extraordinaire de l’Assemblée. Mais au moins quelques questions sérieuses autour d’un bon plat de Nagouheuh, cette préparation à base de feuilles de haricot et de haricots, dont les Moundang du Sud-Ouest du Tchad ont le secret.
La dernière interrogation vient d’une liste de 25 candidats déclarés admis au concours d’entrée en première année à l’Institut National Supérieur des Sciences et Techniques d’Abéché (INSTA), au titre de l’année académique 2026-2027, dans la filière Imagerie médicale et radiothérapie, formation en français.
Sur cette liste, neuf noms à consonance moundang attirent l’attention.
Et voilà notre rédaction qui se pose une question presque existentielle : qu’est-ce qu’on met donc dans le Nagouheuh ?
Car, à regarder les parcours et les témoignages qui circulent dans le pays, une impression revient régulièrement : dans les examens, les concours et certaines compétitions où les candidats sont départagés sur leurs connaissances et leurs performances, les Moundang semblent savoir se faire une place.
Le « secret » moundang, nouvelle affaire nationale ?
Il ne faudrait évidemment pas transformer une liste de 25 admis en preuve scientifique d’une quelconque supériorité intellectuelle d’une communauté. Les concours obéissent à des critères précis, et la réussite appartient d’abord aux candidats.
Mais la question mérite d’être posée autrement : quels ressorts éducatifs, familiaux, culturels et sociaux permettent à de nombreux jeunes Moundang de maintenir une forte ambition scolaire malgré des conditions parfois difficiles ?
Discipline ? Culture de l’effort ? Encadrement familial ? Goût des études ? Solidarité ? Persévérance ? Ou peut-être une combinaison de tout cela… avec une bonne assiette de Nagouheuh au milieu ?
Voilà un secret que les chercheurs pourraient un jour prendre très au sérieux.
Car derrière la plaisanterie se trouve une réalité plus intéressante : le Tchad dispose, dans toutes ses communautés, de ressources humaines considérables qu’il gagnerait à mieux identifier, former et valoriser.
Des diplômés… au portail des institutions
Et c’est ici que l’histoire devient beaucoup moins drôle.
Dans les rues de N’Djamena, particulièrement aux premières heures du matin et à la tombée de la nuit, on peut croiser de nombreux jeunes venus du Sud-Ouest, dont des Moundang, à vélo, en route vers ou revenant de leur travail.
Certains sont titulaires du baccalauréat. D’autres ont une licence, un master, voire un doctorat.
Mais leur quotidien professionnel peut parfois se résumer à une fonction d’agent de sécurité, de gardien de chantier, de domicile ou d’institution.
Le paradoxe est saisissant : des années d’études derrière soi, un diplôme dans le sac et… un sifflet autour du cou ou une chaise devant un portail.
Le problème n’est évidemment pas le métier de gardiennage. Tout travail honnête mérite respect et dignité. Le véritable problème est celui de la sous-utilisation des compétences.
À quoi sert de former un jeune pendant plusieurs années si la société ne lui offre ensuite aucune possibilité de mettre ses connaissances au service de son développement ?
Et si le Tchad transformait ses talents en force nationale ?
Loin de toute logique de compétition communautaire, cette réalité devrait conduire à une réflexion nationale.
Le Tchad gagnerait à mieux connaître les compétences disponibles dans chacune de ses communautés : scientifiques, enseignants, médecins, ingénieurs, techniciens, entrepreneurs, chercheurs, juristes, communicants, informaticiens, agronomes et autres professionnels.
Non pas pour enfermer les citoyens dans des catégories communautaires, mais pour identifier les talents, les rapprocher des opportunités et construire une véritable stratégie nationale de valorisation des ressources humaines.
Les Moundang pourraient, à ce titre, constituer un cas d’école intéressant.
Une communauté du Sud-Ouest, avec une longue tradition d'attachement à l'éducation et à l'effort, qui produit des diplômés et des candidats capables de se mesurer à des concours nationaux. Mais une communauté qui, comme beaucoup d'autres au Tchad, voit aussi une partie de ses jeunes diplômés confrontés au chômage, au sous-emploi et à la précarité.
Aux élites moundang : le pays veut connaître votre recette !
Alors, chers cadres, enseignants, chercheurs et élites moundang, notre rédaction vous interpelle avec humour, mais aussi avec respect :
Quel est votre secret ?
Comment préparez-vous vos enfants aux études ?
Comment leur transmettez-vous le goût de l'effort ?
Quelle place accordez-vous à l'école dans les familles ?
Comment expliquez-vous cette capacité de certains jeunes à franchir les différents filtres des examens et concours ?
Et surtout : comment transformer cette énergie intellectuelle en véritable puissance économique et sociale ?
Il ne s'agit plus seulement de franchir les mailles des concours. Il faut désormais franchir celles du marché de l'emploi.
Une richesse nationale à mieux exploiter
Le débat ne devrait donc pas être : « Pourquoi les Moundang sont-ils nombreux parmi les admis ? »
La question devrait plutôt être : « Que pouvons-nous apprendre de toutes les communautés tchadiennes qui réussissent, et comment mettre leurs compétences au service du pays ? »
Si chaque talent tchadien était identifié, encouragé et placé au bon endroit, le pays disposerait d'une force considérable.
Alors, Moundang du Sud-Ouest, ne gardez pas trop longtemps votre recette !
Le Tchad veut savoir.
Mais attention : si le secret se trouve réellement dans le Nagouheuh, il faudra rapidement ouvrir une étude scientifique. Car avec des feuilles de haricot, des haricots et quelques diplômes, voilà peut-être une recette nationale qui mérite d'être exportée.
Une chose est certaine : le talent ne doit pas rester devant les portails. Il doit entrer dans les bureaux, les laboratoires, les entreprises, les universités et les institutions pour servir le Tchad.
Et si, demain, les Moundang révélaient leur « secret », le meilleur scénario serait que toutes les communautés tchadiennes s'en inspirent et que chacune puisse faire valoir ses propres forces.
Car au bout du compte, le véritable gagnant ne devrait être ni une communauté ni une autre.
Le véritable gagnant, c'est le Tchad.
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