24/06/2026
: lâĂ©vasion de six dĂ©tenus rĂ©vĂšle lâeffondrement du systĂšme carcĂ©ral local
LâĂ©vasion rĂ©cente de six dĂ©tenus du violon du commissariat de police de KyabĂ© est loin dâĂȘtre un simple incident sĂ©curitaire. Elle met en lumiĂšre une crise carcĂ©rale profonde qui fragilise depuis plusieurs annĂ©es le fonctionnement de la justice dans cette partie du Moyen-Chari.
SituĂ© dans lâun des plus vastes ressorts judiciaires relevant de la Cour dâAppel de Sarh, le Tribunal de Grande Instance de KyabĂ© couvre neuf sous-prĂ©fectures et traite chaque annĂ©e un nombre important de dossiers civils et correctionnels. Cette juridiction est Ă©galement confrontĂ©e Ă une criminalitĂ© persistante, marquĂ©e par des cas rĂ©currents dâassassinats, de vols aggravĂ©s, dâassociations de malfaiteurs et dâactes de grand banditisme.
MalgrĂ© ces dĂ©fis sĂ©curitaires, la ville de KyabĂ© ne dispose plus dâune maison dâarrĂȘt opĂ©rationnelle. Selon plusieurs sources, le personnel pĂ©nitentiaire avait Ă©tĂ© rappelĂ© il y a environ quatre ans sur instruction de lâancien ministre de la Justice, entraĂźnant progressivement lâarrĂȘt des activitĂ©s de lâĂ©tablissement carcĂ©ral, aujourdâhui laissĂ© Ă lâabandon.
Pour faire face Ă cette situation, les autoritĂ©s judiciaires avaient adoptĂ© une solution provisoire consistant Ă transfĂ©rer les dĂ©tenus vers la maison dâarrĂȘt de Sarh. Une option certes coĂ»teuse, mais qui permettait de garantir un minimum de respect des normes de dĂ©tention.
Cependant, depuis la fin de lâannĂ©e 2024, cette alternative est devenue de plus en plus difficile Ă mettre en Ćuvre. La suspension des paiements en espĂšces dans les administrations publiques a fortement ralenti la prise en charge de certaines dĂ©penses urgentes liĂ©es aux procĂ©dures judiciaires, notamment celles nĂ©cessaires au transfĂšrement des dĂ©tenus.
PrivĂ©es de moyens logistiques suffisants, les autoritĂ©s locales ont dĂ» maintenir sur place les personnes privĂ©es de libertĂ©. Ainsi, prĂ©venus, condamnĂ©s, inculpĂ©s, gardĂ©s Ă vue et parfois mĂȘme des mineurs se retrouvent regroupĂ©s dans lâunique cellule du commissariat de police de KyabĂ©.
Les conditions de dĂ©tention y sont particuliĂšrement prĂ©occupantes. Dans une cellule dâĂ peine quatre mĂštres sur trois mĂštres, jusquâĂ une vingtaine de personnes peuvent ĂȘtre entassĂ©es simultanĂ©ment. Sous les fortes chaleurs qui caractĂ©risent la rĂ©gion, cette promiscuitĂ© extrĂȘme soulĂšve de sĂ©rieuses inquiĂ©tudes tant sur le plan humanitaire que sur celui du respect des droits fondamentaux des dĂ©tenus.
LâĂ©vasion des six prisonniers apparaĂźt ainsi comme la consĂ©quence dâun systĂšme sous pression, confrontĂ© Ă lâabsence dâinfrastructures adaptĂ©es et au manque de moyens de fonctionnement. Au-delĂ de la fuite des dĂ©tenus, cet Ă©vĂ©nement relance le dĂ©bat sur lâurgence de rĂ©habiliter la maison dâarrĂȘt de KyabĂ© afin de renforcer la sĂ©curitĂ© publique et de garantir une justice plus efficace dans cette partie du pays.