11/03/2026
Gouvernance du numérique au Burkina Faso.
Responsabilité des acteurs du web : le gouvernement sensibilise les créateurs de contenus à Ouagadougou
Le mardi 10 mars 2026, une rencontre d’échanges s’est tenue à Ouagadougou, dans les locaux de l’ex-Conseil économique et social, entre les autorités en charge de la communication et les créateurs de contenus numériques. Organisée par le Ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT), en collaboration avec le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) et la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC), cette session de dialogue portait sur le thème : « Responsabilité sociale des acteurs du numérique pour une communication citoyenne au Burkina Faso ». L’objectif était de sensibiliser les influenceurs, activistes et autres acteurs du web à une utilisation responsable des réseaux sociaux.
Dans un contexte marqué par l’essor des plateformes numériques et l’influence croissante des créateurs de contenus sur l’opinion publique, le Ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT) a initié une rencontre d’échanges avec plusieurs acteurs du web. L’activité s’est déroulée le mardi 10 mars 2026 à Ouagadougou, précisément dans les locaux de l’ex-Conseil économique et social.
La rencontre a réuni le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, le président du Conseil Supérieur de la Communication (CSC), Modeste Ouédraogo, ainsi que des représentants de la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC). Elle a également mobilisé plusieurs créateurs de contenus : activistes, influenceurs, blogueurs, tiktokeurs, wayiignans et membres du BIR-C.
Sensibiliser les acteurs du numérique.
Selon le ministre de la Communication, cette initiative vise avant tout à encourager une utilisation responsable des réseaux sociaux et à renforcer la contribution des acteurs du numérique à la construction d’une communication citoyenne.
Pingdwendé Gilbert Ouédraogo a rappelé que depuis septembre 2022, l’écosystème de la communication et de l’information au Burkina Faso connaît l’arrivée de nouveaux acteurs qui occupent désormais une place importante dans l’espace numérique.
Il a salué l’apport de ces créateurs de contenus dans la lutte contre la désinformation et dans la diffusion d’informations d’intérêt public. Toutefois, le ministre a reconnu l’existence de certaines insuffisances qui nécessitent un accompagnement et une sensibilisation accrue.
Cette rencontre s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique déjà engagée par le ministère. Environ deux semaines auparavant, soit il y a treize jours, une autre session d’échanges avait été organisée avec les patrons de presse ainsi que les directeurs de la communication et des relations presse des départements ministériels et des institutions.
Une plateforme pour valoriser les réalisations du pays.
Au cours de son intervention, le ministre a également rappelé la mise en place de la plateforme dénommée « Burkina en marche ». Cette initiative vise à regrouper et valoriser les grandes réalisations et les projets structurants du pays afin de permettre aux citoyens d’avoir une meilleure visibilité sur les actions menées au Burkina Faso.
Pingdwendé Gilbert Ouédraogo a aussi rappelé que lors de son adresse solennelle à la Nation en septembre dernier, le président, le capitaine Ibrahim Traoré, avait rendu hommage à plusieurs acteurs du numérique pour leur engagement et leur contribution à la diffusion de l’information.
Toutefois, le ministre a insisté sur la nécessité pour les créateurs de contenus de reconnaître leurs insuffisances et de travailler à améliorer la qualité de leurs productions.
Lutte contre les dérives sur les réseaux sociaux.
L’un des points majeurs abordés lors de cette rencontre concerne la prolifération des fausses pages sur les réseaux sociaux.
Le ministre de la Communication a indiqué que plusieurs fausses pages continuent d’être créées sur internet, appelant les acteurs du web à les dénoncer afin de faciliter leur suppression.
Il a également attiré l’attention des créateurs de contenus sur leur responsabilité concernant les commentaires publiés sous leurs publications. Selon lui, lorsqu’un internaute publie un commentaire injurieux ou diffamatoire sur une publication, l’administrateur de la page dispose de la possibilité de le masquer ou de le supprimer.
À défaut d’une telle action dans un délai raisonnable, cela peut être interprété comme une approbation implicite du commentaire, ce qui engage la responsabilité du propriétaire de la page.
Le ministre a par ailleurs averti que les autorités entendent bientôt appliquer rigoureusement les textes en vigueur. Les interpellations et sanctions pourraient concerner toute personne reconnue coupable d’infractions, indépendamment de sa position ou de ses opinions.
« Nul n’est à l’abri de la sanction. Ce n’est pas parce qu’on est un soutien qu’on peut se soustraire à la loi », a-t-il souligné, appelant à une communication responsable dans le contexte national actuel.
Le CSC rappelle le cadre juridique.
Prenant la parole à son tour, le président du Conseil Supérieur de la Communication, Modeste Ouédraogo, a expliqué que cette rencontre avait plusieurs objectifs.
Il s’agit notamment de rappeler le cadre juridique qui régit la communication au Burkina Faso, de sensibiliser les acteurs du numérique aux dangers de la désinformation et des discours de haine, mais aussi d’instaurer un dialogue direct entre les autorités de régulation et les créateurs de contenus.
La rencontre devait également permettre de recueillir les préoccupations des acteurs du web afin d’améliorer leur accompagnement.
Pour le président du CSC, la responsabilité des créateurs de contenus est particulièrement importante dans le contexte que traverse le pays.
« Nous avons la responsabilité de faire de l’espace numérique burkinabè un espace de dialogue et de dignité », a-t-il déclaré.
Il a insisté sur la portée des messages diffusés sur internet, estimant que chaque mot prononcé, chaque phrase écrite et chaque image publiée doivent contribuer à encourager la population, à consolider les acquis du pays sur les plans sécuritaire, économique et social, plutôt qu’à alimenter la division, la psychose ou le découragement.
Des exemples concrets présentés aux participants.
Dans un souci de pédagogie, deux communications ont été présentées aux participants à partir de cas concrets de dérapages constatés sur les réseaux sociaux.
Ces présentations ont pris la forme de projections de publications, de vidéos et d’écoutes d’audios illustrant certaines pratiques problématiques. La première communication a été assurée par le Conseil Supérieur de la Communication, tandis que la seconde a été présentée par la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité.
Plus de 20 000 plaintes enregistrées en cinq ans.
Lors de son intervention, le chargé de communication de la BCLCC, Guesrima Aimé Ouédraogo, a livré des statistiques révélatrices de l’ampleur de la cybercriminalité au Burkina Faso.
Entre 2020 et 2025, plus de 20 000 plaintes ont été enregistrées par la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité.
Ces plaintes concernent notamment des cas d’atteinte à l’honneur et à la considération des personnes, de diffamation, d’injures publiques ainsi que diverses formes d’escroqueries en ligne.
Selon les données présentées, 200 personnes ont été interpellées dans des affaires ayant occasionné des préjudices estimés à plus de 9 milliards de FCFA.
Chaque année, les escroqueries liées au numérique représenteraient en moyenne 1 milliard 500 millions de FCFA.
Des échanges nourris entre les participants.
Débutée à 15 heures, la rencontre s’est poursuivie par des échanges directs entre les autorités et les créateurs de contenus.
Les discussions ont largement porté sur la nécessité d’adopter des comportements responsables dans l’utilisation des réseaux sociaux et d’éviter les discours de haine, les injures ou les publications susceptibles d’alimenter la désinformation.
La session s’est achevée par une phase de questions-réponses qui a permis aux participants de soulever leurs préoccupations et d’obtenir des clarifications sur plusieurs aspects juridiques et pratiques liés à la communication numérique.
À travers cette initiative, les autorités entendent renforcer la collaboration avec les acteurs du web afin de faire de l’espace numérique burkinabè un cadre d’expression responsable, au service de la cohésion sociale et du développement national.
Radio Jam Ouaga