Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet

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LA PETITE FRANCELorsque l’on consulte les documents d’archives reliés à l’histoire de Baie-du-Febvre (anciennement Baie ...
09/27/2026

LA PETITE FRANCE
Lorsque l’on consulte les documents d’archives reliés à l’histoire de Baie-du-Febvre (anciennement Baie Saint-Antoine), le patronyme Petite France ressurgit régulièrement . On pourrait croire, à prime abord, qu’il s’agit d’un lieu-dit entre la Baie Saint-Antoine et Nicolet . Or, voici ce que les archives nous apprennent à ce sujet.

Après la Conquête, pour renouveler ses effectifs, l’Église canadienne ne peut plus faire appel au clergé français, fort mal vu par les vainqueurs. Le nombre d’ecclésiastiques chute dramatiquement. La Révolution française, qui force environ 8 000 prêtres à émigrer en Angleterre, contraindra les autorités britanniques à ouvrir les portes du Canada à un certain nombre de religieux d’origine française. Mgr de La Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon, qui s’occupe de recruter des prêtres pour le Canada, nomme Philippe-Jean-Louis Desjardins à titre de chef d’une mission chargée d’étudier les conditions de l’établissement, dans le Haut et le Bas-Canada, de prêtres français; cela, dans le but d’une éventuelle émigration. Mgr Hubert, évêque de Québec, qui parvient à convaincre les autorités britanniques de former au Canada une petite colonie composée d’émigrés français, accueille avec joie cette cinquantaine de prêtres qui vient accroître d’un tiers les effectifs canadiens. Or, cette nouvelle ouverture s’avère de brève durée. Le gouvernement craint que certains émissaires de France ne préparent la révolution dans le Bas-Canada. Même les prêtres français émigrés deviennent suspects aux yeux des Britanniques. Dès 1802, l’étau se resserre sur l’émigration des prêtres français et celle-ci ne connaîtra un nouvel essor qu'à partir de 1840.

Mgr Plessis, successeur de Mgr Hubert, manifeste une vive admiration pour ces prêtres que la révolution française a jetés sur les rives du Saint-Laurent. Dans le but de leur rendre l’ennui de l’exil plus supportable, il les réunit dans la région de Trois-Rivières. Ce qui leur permet de se rencontrer plus souvent. Ainsi donc, de 1796 à 1847, les cures de Nicolet, Baie-du-Febvre, Bécancour, Gentilly, Pointe-du-Lac, Yamaska, Saint-François-du-Lac sont presque continuellement occupées par des prêtres français; d’où la désignation populaire de « Petite France ». Ces prêtres rassemblés sous la protection de Mgr Plessis sont : Jean Raimbault, curé de Nicolet, Urbain Orfroy et René-Pierre Joyer, de Pointe-du-Lac, François-Gabriel Lecourtois et François Lejamtel, de Bécancour, Charles-Vincent Fournier, de Baie-du-Febvre, Claude-Gabriel Courtin, de Gentilly, François Ciquard, de Saint-François-du-Lac et Pierre Gibert, de Yamaska.

Le CAR Séminaire de Nicolet conserve en ses voûtes les fonds d’archives des curé Raimbault, Lecourtois, Orfroy, Joyer, Lejamtel, Fournier et Courtin. Ceux-ci contiennent surtout des documents traitant d’actes légaux, de droits de succession et d’arpentage, des contrats de vente, de même qu’une généreuse correspondance. Ces fonds d’archives demeurent accessibles à tous et peuvent être consultés sur place.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Toutes petites choses du régime Anglais, Pierre-Georges Roy, Éditions Garneau, Québec 1946. Histoire de la Baie-Saint-Antoine, Joseph-Elzear Bellemare, 1911

Photo : Certificat de naturalisation de François-Gabriel Lecourtois, 1826

UNE MYSTÉRIEUSE STATUE À NICOLETÀ Nicolet, une aura de mystère plane autour d’une effigie de la Madone que l’on appelle ...
09/21/2026

UNE MYSTÉRIEUSE STATUE À NICOLET
À Nicolet, une aura de mystère plane autour d’une effigie de la Madone que l’on appelle « la statue merveilleuse de Nicolet ». Plusieurs personnalités des plus crédibles témoignent de faits troublants reliés à la présence de cette statue lors de deux tragédies ayant lourdement éprouvé la ville de Nicolet au cours du 20e siècle.

La première manifestation survient en 1906, lors de l’incendie qui détruit simultanément la deuxième et troisième cathédrale (en cours de construction), de même que la maison-mère des sœurs de l’Assomption. Le feu se propage rapidement. L’évêché est menacé : « Mgr Brunault, craignant que le feu qui consumait la cathédrale ne se communiquât à l’évêché, alla chercher la statue de la Sainte Vierge et la plaça dans le couloir qui séparait l’évêché de la cathédrale et lui demanda d’arrêter le feu et de sauver l’évêché. » Malgré la violence de l’incendie, les flammes s’arrêtent au couloir, épargnant l’évêché. On conçoit aisément que cette statue se retrouve par la suite sur un piédestal dans le fumoir de l’évêché. Vénérée par Mgr Brunault, ce dernier ne tari pas d’éloges et de reconnaissance envers celle qui protégea la résidence épiscopale, en 1906.

Lors de l’éboulis du 12 novembre 1955, la Vierge se dresse toujours sur son piédestal dans le fumoir de l’évêché lorsque survient la catastrophe au cours de laquelle trois personnes perdent la vie. Toutefois, le bilan aurait pu être encore plus lourd sans la manifestation d’un étrange phénomène relié encore une fois à la présence de la mystérieuse statue. Mgr Albertus Martin et Mgr Louis-Paul Roy qui se trouvent dans le bureau de l’évêque au moment de la catastrophe, de même que la majorité du personnel sont évacués à temps. Le vicaire général, Mgr Lauzière, paralytique, ainsi qu’une sœur de Sainte-Jeanne-d ’Arc, coincés dans leurs chambres, échappent de justesse à la mort, même si la bâtisse subit de sérieux dommages. : « L’effondrement de l’évêché s’arrêta précisément à l’endroit où se trouvait la statue de la Sainte Vierge. Le mur de l’appartement fut emporté et le plancher coupé en deux. Dès que l’on put voir ce qui restait de l’évêché on aperçut la statue merveilleuse qui dominait le gouffre d’une profondeur de soixante pieds ».

Le mystère se prolonge lors de la démolition de l’édifice endommagé. Les démolisseurs doivent alors faire face à un défi extrêmement dangereux. Pour plus de précautions, la décision est prise de jeter le bâtiment par terre en faisant tomber les appuis avec l’aide de câbles d’acier tirés par un bulldozer. Chacune des tentatives se révèle un échec. Un second bulldozer appelé à la rescousse ne donne pas de meilleurs résultats. Les chaînes se rompent chaque fois : « C’est alors que Mgr Georges Dubuc arriva sur les lieux. Se rappelant que la statue se trouvait toujours sur son piédestal face à l’éboulis, il dit à l’architecte Deshaies que l’édifice ne tomberait pas tant qu’on n’irait pas chercher la statue. » L’entrepreneur Désilets, accompagné de quelques ouvriers, parviennent à récupérer la statue de la Vierge Marie qu’ils remettent aussitôt entre les mains de Mgr Dubuc qui leur dit : «Vous pouvez procéder maintenant ». Dès la nouvelle tentative, le trois-quarts de ce qui reste de l’évêché s’effondre dans un vacarme formidable.

En 1983, grâce à un don de Mgr George Dubuc, un sculpteur de Montréal est chargé de restaurer la célèbre statue avec la recommandation de respecter ses teintes et ses dorures initiales. L’intention de l’ecclésiastique étant de faire connaître à tous les diocésains cette effigie de la Sainte Vierge reliée à des moments particulièrement émouvants de l’histoire de Nicolet. La statue «merveilleuse » est désormais conservée à l’évêché de Nicolet sur lequel elle continue de veiller.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds société d’histoire régionale de Nicolet 238/E13/3
Photos : Glissement de terrain à Nicolet en novembre 1955, photographe Henry Laliberté, Spicilège I, CAR Séminaire de Nicolet

JOURNAL D’UN PATRIOTE EXILÉ EN AUSTRALIENicolet entretient une relation toute particulière avec l’histoire des patriotes...
09/15/2026

JOURNAL D’UN PATRIOTE EXILÉ EN AUSTRALIE
Nicolet entretient une relation toute particulière avec l’histoire des patriotes de 1837-38 depuis qu’Antoine Gérin-Lajoie composa, en 1842, la célèbre complainte «Un canadien errant ». L’histoire évoque régulièrement le sort des 12 condamnés à mort, mais qu’advint-il des 58 patriotes déportés en Australie ? Voilà le fascinant récit que l’on découvre à la lecture du « Journal d’un exile politique aux Terres Australes » du notaire Léandre Ducharme, publié en 1845.

Condamné à la pendaison en novembre 1838, Ducharme languit dans un cachot humide 10 mois durant avant de voir sa peine commuée en exil. Le 28 septembre 1839, 58 exilés du Bas-Canada en compagnie de 83 prisonniers du Haut-Canada s’entassent dans la cale sombre et surpeuplée du HMS Buffalo en partance pour l’Australie. Durant la traversée, les prisonniers doivent confectionner leurs propres ustensiles pour consommer la bouillie d’avoine du matin servie dans une chaudière pour 12 hommes. Le reste de leur diète étant composé de soupe aux pois, de biscuits de mer et de bœuf salé : « Nous n’avions par jour qu’une pinte d’eau chacun; ration bien insuffisante pour étancher la soif brûlante que nous causaient nos vivres salés ». Ballotés par les tempêtes, le mal de mer s’installe durant des semaines parmi la majorité des passagers.

Une fausse rumeur de mutinerie entraîne l’imposition d’un couvre-feu de 8 heures du soir à 6 heures du matin avec interdiction aux prisonniers de causer entre eux, sous peine de mort. Le voyage en direction de l’Australie dure cinq longs mois dans la promiscuité à endurer les tourments de la fièvre et de la soif. Le 25 février 1840, les patriotes arrivent à Sydney, où la présence de ces rebelles engendre une véritable hystérie envers ces Canadiens-Français qualifiés de truands et de terroristes par les journaux. Sous la pression populaire, les autorités décident alors d’envoyer les insurgés sur l’île Norfolk, une colonie pénitentiaire infernale dans l’océan Pacifique Sud, à quelque 1 675 km au nord-est de Sydney. Les patriotes échappent à ce lieu de sévices grâce à l’intervention de l’évêque catholique John Bede Polding, futur archevêque de Sydney, qui obtient leur transfert à la prison militaire de Longbottom, sur la rivière Parramatta.

Dans cette enceinte, entre 15 et 18 hommes sont confinés à l’intérieur de huttes mesurant trois mètres par cinq mètres. Ces derniers vivent constamment sous la menace du fouet s’ils dérogent aux règles, comme celles de négliger leur travail, circuler sans permission entre les bâtiments de la prison ou manquer de respect envers leurs supérieurs. Soumis, sous un soleil impitoyable, au travail forcé qui consiste à vider les barges chargées de pierres, transformer celles-ci en gravier à coups de pioche et transporter ce gravier jusqu’à la route, les exilés s’épuisent à la tâche. « Pour le dîner, on nous sert du pain grossier et de la viande, souvent gâtée par la chaleur. Jamais nous n’avions rien pour souper. Après avoir travaillé tout le jour, on nous renfermait épuisés de faim et de fatigue vers cinq heures et demie ou six heures du soir ». S’ajoute à cela, les excès d’un gardien tyrannique qui abuse du fouet. L’entraide entre forçats, de même que la débrouillardise, contribuent progressivement à alléger les tourments de ces derniers. Ainsi, dès l’été 1841, le tyrannique surintendant Badly ret**de le couvre-feu d’une heure pour mettre à son profit personnel le travail des prisonniers. Dans le but de s’offrir un supplément pécunier, le surintendant contraint les prisonniers à couper du bois sur le terrain de la prison, ou encore à ramasser des coquillages, devant servir à la fabrication de la chaux, sur les berges de la rivière. Ces produits sont ensuite vendus aux capitaines des barges en chemin vers Sydney. Comme il s’agit d’un commerce plus ou moins licite, Badly n’a pas d’autre choix que de partager le bénéfice de ces ventes avec les forçats: « La vente de bois que nous faisions à l’intention de notre surintendant nous fournissait assez d’argent pour nous procurer les objets dont on sentait le plus le besoin et notre surintendant était obligé à son tour de fermer les yeux là-dessus ».

Pendant ce temps, au pays, les sympathisants à la cause des Patriotes s’activent. Ils forment l’Association de la Délivrance qui a pour objectif d’obtenir la libération des prisonniers et de recueillir des fonds pour leur retour. Ce qui permet, entre 1841 et 1843, aux prisonniers d’obtenir progressivement leur libération conditionnelle. Les Patriotes, qui ne sont plus confinés à la prison, sont dispersés à différents endroits de la colonie. Des employeurs privés les prennent en charge un par un en leur offrant salaire, gîte et couvert. « Comme nous jouissions tous d’un bon caractère, que nous étions d’honnêtes gens et des gens avantageux, alors chacun s’empressa auprès du gouvernement pour nous avoir » C'est ainsi que Léandre Ducharme se retrouve à travailler comme commis chez un ébéniste de Sydney.

Enfin, en 1844, suite aux pressions, la communauté internationale, opposée aux mauvais traitements imposés aux prisonniers politique, obtient, de le reine Victoria, le pardon des exilés australiens accusés de rébellion au Haut et Bas-Canada. Le 10 juillet 1844, 28 premiers Canadiens, dont Léandre Ducharme, quittent Sydney à bord du Achilles. L’auteur du journal d’un exile politique meurt en 1897 et est inhumé, en compagnie d’autres exilés, au pied de l’obélisque des Patriotes, érigé en 1858, dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Albertus Martin F277/M141/17, Journal d’un exile politique aux Terres australes.

Photos : Antoine Gérin-Lajoie F085-P7044. Journal d’un exile politique en Terres Australes F227-M141-7. Le monument des patriotes C079-G6-13-81.

ASSELINE DE RONVAL : PREMIER TOURISTE EN NOUVELLE-FRANCEOn le présume âgé entre 18 et 20 ans, en 1662, lorsque le Dieppo...
09/10/2026

ASSELINE DE RONVAL : PREMIER TOURISTE EN NOUVELLE-FRANCE
On le présume âgé entre 18 et 20 ans, en 1662, lorsque le Dieppois Asseline de Ronval entreprend son voyage au Canada. Ni engagé, ni envoyé du roi, il vient en Nouvelle-France pour satisfaire sa curiosité de jeune homme avide de voir du pays. On peut donc le qualifier de premier touriste à visiter le Canada.

Dès l’enfance, les nombreux mâts qu’il aperçoit de chez-lui dans le port de Dieppe l’incitent au voyage : « Je pris ainsi la décision de voir du pays autant que faire se peut! » Le 22 mai 1662, à titre de simple passager, il s’embarque pour la Nouvelle -France. Il profite sûrement d’une traversée clémente, puisque le navire accoste devant Tadoussac à peine un mois plus t**d. Il décrit Tadoussac comme une simple bourgade dont les quelques maisons, les moulins à eau et la chapelle qui la composent lui paraissent en piètre état. En passant devant l’île d’Orléans, n’apercevant qu’une seule maison, il juge à tort celle-ci quasiment déserte. Ensuite : « Nous arivasmes sur la rade de Québec et je descendis aussitôt à terre ». Un hôtelier originaire de Dieppe, comme lui, l’accueille chaleureusement en son auberge. Ensuite, De Ronval réserve sa toute première visite à son compatriote et jésuite Claude Dablon, personnalité célèbre dans le pays. Ce dernier revient tout juste de prêcher l’évangile aux Amérindiens de la baie d’Hudson. Son récit captive particulièrement le jeune voyageur curieux de s’instruire sur les mœurs des autochtones dont on raconte tant de fantaisies en Europe. Les propos du missionnaire portent surtout sur les coutumes alimentaires des Amérindiens basées sur la consommation de viandes sauvages et légumes qu’ils apprêtent ensemble. Concernant leurs mœurs, le jésuite insiste particulièrement sur le grand sens de l’honneur dont les amérindiens s'enorgueillissent.

Québec est alors une agglomération d’à peine deux mille habitants. Asseline de Ronval juge particulièrement bien situé le quartier commercial de la base ville, à proximité du Saint-Laurent, dont la rade est protégée par une petite forteresse munie de canons tournés vers l’est. En gravissant la pente abrupte menant vers la haute ville, il traverse un campement amérindien qui lui apparaît plutôt délabré. Parvenu au sommet, il aperçoit : « quantité de maisons et plusieurs églises, une desquelles est la cathédrale. Trois maisons religieuses fort bien basties et qui vivent presque aussi commodément qu’en France, à savoir les pp Jésuites, les urcellines et les hospitalières » où loge Marie de l’Incarnation. Il visite l’hôtel-Dieu fondé par trois dieppoises. Par la suite, le visiteur en profite pour explorer la côte de Beaupré qui lui parait bien peuplée et s’extasie devant les chutes Montmorency. Il est impressionné par la faune qui l’entoure, le castor en particulier et l’abondance des prises lors de ses excursions de pêche.

Il quitte Québec en canot en compagnie du gouverneur Pierre du Bois escorté par une vingtaine d’Algonquins. Tout au long de la remontée, il s’étonne de la profusion de rivières qui se jettent dans le fleuve. Le convoi fait escale à Trois-Rivières qui compte alors environ 200 habitants : « C’est asseurément le pays le plus beau et le meilleur que l’on puisse souhaiter. » Il aperçoit l’embouchure du Saint-Maurice qu’il confond à son tour avec trois rivières distinctes.

Montréal, qui se nomme Ville-Marie en 1662, est peuplé d’environ 500 habitants. La rue Saint-Paul en est l’artère principal et l’hôtel-Dieu l’édifice le plus imposant. Celui-ci se compose d’un ensemble comprenant la maison de Jeanne Mance formée d’un rez-de-chaussée et d’un étage mansardé. Cette maison est adossée à la chapelle, qui est elle-même prolongée par l’hôpital. Les quelques résidences regroupées à l’intérieur d’une fortification ressemblant plutôt à un enclos formé de troncs d’arbres: « ne laissoient d’estres beles, spatieuses et agréables. » Lors de son séjour à Ville-Marie, notre voyageur est accueilli sous le toit de Charles Le Moyne, (en l’honneur duquel est nommée la Pointe Saint-Charles) père du célèbre Pierre Le Moyne D’Iberville. En cette période où les Iroquois demeurent forts menaçants, ce dernier retient l’attention de son invité en lui narrant de terribles récits les concernant. Entre autres, l’aventure de Dollard sieur des Ormeaux et ses 16 compagnons qui périssent au Long Sault, sur l’Outaouais en mai 1660. Charles Le Moyne devait lui aussi participer à cette expédition mais, la saison des semences l’obligeant à cultiver sur ses terres, il dû y renoncer, ce qui lui sauva la vie.

La maison de Le Moyne étant bien fréquentée, Asseline de Ronval y croise la plupart des notables constituant le Ville-Marie de l’époque. Plusieurs d’entre eux tentent de le convaincre de demeurer au pays où la présence de jeunes hommes vigoureux comme lui est fort convoitée. Il hésite un moment devant la possibilité d’expérimenter l’hiver en Nouvelle-France. Toutefois, les récits concernant cette saison éprouvante, de même que l’omniprésence de la menace iroquoise, l’en dissuadent. En octobre de cette même année, il s’embarque sur le Saint-Pierre et retourne à Dieppe où il rédige le récit de son voyage.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Albertus Martin F277/M141/10. Extrait du Cahier des Dix, no 39, 1974.

Illustrations: Charles Le Moyne, gouverneur F003-T29-40. L’habitation de Québec F003-R26-71. Plan du haut et du bas Québec en 1660-F003-R27-267. Québec monastère des Ursulines avant 1650-F003-R26-163.

ENLÈVEMENT ET MORT DU SEIGNEUR CREVIER À SAINT-FRANÇOIS-DU-LACLa paroisse de Saint-François-du-Lac, dont l’érection cano...
09/06/2026

ENLÈVEMENT ET MORT DU SEIGNEUR CREVIER À SAINT-FRANÇOIS-DU-LAC
La paroisse de Saint-François-du-Lac, dont l’érection canonique est décrétée en novembre 1714, est l’une des plus anciennes à avoir été fondées sous le régime français au Canada. Celle-ci est initialement érigée sous la désignation de Saint-François-Xavier, mais en raison de la proximité du lac Saint-Pierre, ce vocable prend le nom de Saint-François-du-Lac. Les premiers colons s’établissent sur les îles à l’embouchure de la rivière et bâtissent leurs premières églises sur l’île-du-Fort, autrefois Notre-Dame de Pierreville.

Jean Crevier achète la seigneurie de Saint-François en 1673 sur laquelle il s’installe en compagnie de son épouse, Marguerite Hertel. Ce notable et commerçant est avantagé par l’ancien régime dans une économie coloniale centrée sur la traite des fourrures. La guerre initiée par les Iroquois, pour obtenir le monopole de la traite, sera durement ressentie dans la seigneurie après le massacre de Lachine, en 1689.
On retrouve dans le Fonds d’archives de la Fabrique Saint-François-Xavier conservés au CAR Séminaire de Nicolet une lettre de Thomas Charland, historien, originaire de Pierreville. Dans cette missive datée de 1937, l’historien répond à la Société Nicolétaine d’histoire régionale qui lui demande certaines précisions concernant le double enlèvement et la mort du premier seigneur de Saint-François-du-Lac, Jean Crevier. Selon l’historien, les faits relatant le premier enlèvement par un groupe d’Agniers sont établis plus ou moins précisément dans plusieurs rapports et mémoires de l’époque : « Le 22 septembre 1690, un parti de cent à cent vingt Agniers et autres des environs d’Orange (Albany) fut aperçut dans le voisinage de Saint-François. (…)» Plusieurs Français sont tués ou faits prisonniers. « Seul le mémoire de Gédéon de Catalogne mentionne que le seigneur Crevier fut fait prisonnier. Aucun ne parle de sa délivrance. » Thomas Charland suppose néanmoins que la libération du seigneur s’est produite peu de temps après l’événement cité plus haut, car certains documents d’époque indiquent qu’il a assisté à une cérémonie de mariage, de même qu’à des funérailles, en novembre et décembre 1690.

Les faits relatifs à la seconde capture du seigneur Crevier semblent plus documentés : « On sait qu’il fut enlevé à nouveau dans les premiers jours du mois d’août 1693. Il était occupé aux récoltes avec quinze ou seize hommes, lorsqu’on signala l’approche des Iroquois. Un habitant fut tué et un soldat ainsi que le sieur Crevier faits prisonniers ». M. Charland cite un texte de l’intendant Champigny rédigé le 17 août 1693 dans lequel il évoque la libération du seigneur Crevier en ces termes: « Le gouverneur d’Albany écrivait que les Iroquois, alliés des anglais (…) avaient arraché les ongles au sieur Crevier et se préparaient à le brûler lorsque le commandant de la garnison d’Albany le leur avait acheté au prix de cinquante Louis. » Jean Crevier est probablement décédé à Albany, en 1693, à la suite des blessures et des fatigues subies lors de sa captivité aux mains des Iroquois.
Sa v***e, Marguerite Hertel, héritière de la moitié de la seigneurie, prend la relève de son mari avec l’aide de son fils aîné Joseph. Elle continue de faire prospérer la seigneurie de Saint-François-du-Lac jusqu’à son décès, survenu le 25 décembre 1711. La détermination du couple seigneurial Hertel-Crevier a déteint sur leurs successeurs : les quatre seigneurs Crevier suivants, supportés par la branche collatérale Crevier-Descheneaux, ont réussi là où la plupart des familles seigneuriales ont échoué. La présence continuelle de cinq générations de seigneurs Crevier et de leurs v***es a été la marque de cette famille qui, bien qu’elle ne soit pas parvenue à faire bâtir un manoir en pierre, a laissé sa marque à Pierreville et Saint-François-du-Lac. Le mérite en revient en grande partie aux femmes qui les ont assistés ou remplacés.

Texte: Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Centre d’Archives Régionales Séminaire de Nicolet, Fonds Fabrique Saint-François-Xavier F320/Q29/17/7

Plan de Saint-François-du-Lac en 1709 d’après Gédéon de Catalogne

LE JOURNAL D’UN MÉDECIN DE CAMPAGNE À SAINT-GERMAIN-DE-GRANTHAMLe Docteur Basile Letendre pratique la médecine à Saint-G...
09/03/2026

LE JOURNAL D’UN MÉDECIN DE CAMPAGNE À SAINT-GERMAIN-DE-GRANTHAM
Le Docteur Basile Letendre pratique la médecine à Saint-Germain-de-Grantham de 1905 à 1921. Ses livres de comptes consultés au CAR Séminaire de Nicolet témoignent de la manière dont s’exerce cette profession dans nos campagnes au début du vingtième siècle. S’il lui arrive de temps à autre de souligner quelque événement important de l’actualité, ou certaines épreuves le touchant personnellement, le docteur Letendre commente surtout la météo quotidienne. Cette préoccupation météorologique n’étonne pas particulièrement lorsque l’on sait que les médecins d’autrefois franchissent souvent de grandes distances pour rendre visite à leurs patients. Souci quasi constant pour celui qui est appelé à se déplacer en toutes saisons et à toute heure du jour ou de la nuit sur des routes entretenues aléatoirement. Les automnes pluvieux, les hivers rigoureux, les dégels printaniers rendent les déplacements périlleux et contraignent parfois le médecin à dormir chez l’habitant. Cette proximité l’incite à partager les soucis quotidiens des cultivateurs dont les revenus dépendent grandement des caprices de la nature. Le médecin se désole avec eux des gelées hâtives qui compromettent les semailles ou les moissons. Ou encore, les pluies excessives et les sécheresses qui menacent trop souvent les récoltes.

Les livres de comptes du docteur Letendre témoignent de la diversité des soins promulgués par un médecin généraliste au début du 20e siècle. À la fois, obstétricien, pédiatre, gériatre, dentiste et chirurgien, disposant de moyens limités, il use de toute sa science pour soigner malades et blessés à une époque où plusieurs maladies, même bénignes, s’avèrent mortelles. De plus, un médecin de campagne desservant une clientèle majoritairement pauvre se doit de supporter un lourd crédit. Les tarifs du docteur Letendre à l’époque sont : « 3,00$ pour un accouchement, 50 cents pour enlever une verrue, une injection coûte entre 1,00$ et 3,00$, selon le médicament et le prix de l’éradication d’une dent varie selon la difficulté d’extraction. »

La tâche du médecin de campagne exige une solide santé physique et morale. Toutefois, on ne côtoie pas impunément la maladie et la misère humaine sans en être personnellement affecté. C’est ainsi que, par une journée triste et sombre de mai 1913, le docteur Letendre exprime ses sombres pensées en marge de son livre de comptes: « Dans la vie que l’on croit si rose, il n’y a que des épines et des cailloux. Il faut s’efforcer de faire son bonheur seul, car les autres ne nous en procure très peu; car l’égoïsme prend une grande place dans les cœurs. Souvent on croit avoir saisi le bonheur, mais c’est comme une ombre toujours il fuit sous la main. Si nous n’avions pas le travail ardu pour dissiper le temps et les ennuis, la vie serait sûrement une charge avec son peu de soleil. L’on pleure plus que l’on ne rit ici-bas. Si au moins chacun cherchait à faire un peu de bonheur pour les autres, tous ensemble ça ferait une jolie somme. » Vague à l’âme qui s’avère, en quelque sorte, prémonitoire. À peine cinq mois plus t**d, le 16 octobre 1913, la maison du docteur Letendre brûle, ne laissant que des décombres. Il doit alors se réfugier avec toute sa famille chez ses parents en attendant de pouvoir reconstruire au printemps suivant. Le docteur J.C. Basile Letendre meurt 8 ans plus t**d, le 14 août 1921, à l’âge de 43 ans.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds J. C Basile Letendre, F215/A1/2, F215/B2/2. Collection J. Antoine Letendre C068-A1-2-13
Photos : 1952, construction de la nouvelle église. Fonds Ambroise Houle F042-E10-2. Famille Joseph Letendre vers 1885 : François-Xavier-Joseph, Basile, Anna et Stanislas-Charles.

LE DUC DE VINCENCE A-T-IL RÉSIDÉ À BAIE-DU-FEBVRE ?Plusieurs historiens se sont penchés sur la question sans trouver de ...
08/30/2026

LE DUC DE VINCENCE A-T-IL RÉSIDÉ À BAIE-DU-FEBVRE ?
Plusieurs historiens se sont penchés sur la question sans trouver de réponse concluante. Certains témoignages, retrouvés dans le fonds d’archives de la Fabrique Saint-Antoine conservé au CAR, porteraient à le croire. Cependant, la question mérite d’être examinée minutieusement. Général d’armée et homme de confiance de Napoléon 1er, Caulaincourt est nommé ambassadeur à Moscou de 1807 à 1811, où il se lie d’amitié avec le tsar Alexandre 1er. Il est le plus fidèle serviteur de Napoléon qui le considère comme un homme de cœur et de droiture. Armand de Caulaincourt décède en 1827. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, près du carré des maréchaux d’empire. Son nom est gravé sous l'arc de triomphe et une rue du 18e arrondissement de Paris, porte son nom.

Est-il possible qu’un personnage d’une telle importance soit venu s’établir à la Baie-du-Febvre vers 1816? Examinons ce que les notes de l’abbé Bellemare, curé de Baie-du-Febvre, nous enseignent sur le sujet : « Sur la route de Nicolet à la Baie-du-Febvre était venu s’abattre vers 1816 un personnage mystérieux. Son voisin, Louis Beaulac qui avait servi dans la milice de 1812 eut l’avantage de connaître et de fréquenter habituellement ce personnage et d’admirer la science militaire de monsieur le comte. À son dire, ce dernier avait toute une chambre remplie de cartes militaires et d’armes de toutes espèces et de grande valeur. À ses heures, le comte déployait ses cartes sous les grands ormes près de la maison, et là, à quatre pattes sur ses plans, il suivait et traçait des lignes, causant, discutant et interpelant tout haut, il s’animait comme au milieu de contradicteurs, probablement des souvenirs de Waterloo. Un beau matin, dit Beaulac, la maison fut trouvée vide. M. Le comte était parti avec armes et bagages, sans tambour ni trompette. » Certains croient que ce départ précipité coïncide avec l’entrée en fonction du comte de Dalhousie, ancien adversaire de Napoléon, à titre de Gouverneur Général.

Louis Beaulac n’a jamais connu son singulier voisin sous un autre nom que M. le comte. Toutefois, ce dernier ayant fait baptiser un enfant à Baie-du-Febvre, il recommande à l’abbé Bellemare de consulter le registre paroissial pour savoir sous quels noms ont signé les parents du nouveau-né. Le père se nomme Benoit-Auguste comte d’Ancourt, tandis que la mère signe du nom d’Adélaïde-Antoinette-Augustine, comtesse de Galifait. Tout porte à croire qu’il s’agit de pseudonymes. La classe instruite, elle, demeure convaincue que le comte et l’ancien ministre de Napoléon ne font qu’un. Cette certitude se fonde sur les bases suivantes : la similitude des noms, Auguste d’Ancour d’une part et Auguste Caulaincourt de l’autre. De plus, des témoins de l’époque signalent une forte ressemblance physionomique entre le personnage de Baie-du-Febvre et le portrait du duc de Vincence conservé dans l’album du curé Lebourdais de la Rivière-Du-Loup. Selon l’avocat Vézina, ami et confident du comte, ses intimes, qui se recrutent parmi l’élite de la société, le nomment tout simplement Caulaincourt.

Certains indices tendent néanmoins à prouver qu’il s’agit d’un imposteur. D’abord, Mgr Plessis ne lui reconnait pas ce français de bon aloi auquel on peut s’entendre d’un haut gradé de l’armée napoléonienne. D’autre part, l’historien Benjamin Sulte, appelé à se pencher sur la question, demeure convaincu que Caulaincourt n’a jamais mis les pieds en Amérique : « Dans 200 volumes que j’ai lus, il y a des mentions de Caulaincourt comme demeurant en Picardie de 1815 à 1827. Durant ces années, il se défendait dans les journaux et par des brochures, des accusations que les partisans des Bourbons lançaient contre lui. Tout cela est de l’histoire et ne saurait être contesté. Caulaincourt a vécu de 1815 à 1827 au grand soleil de la publicité, bien malgré lui ». Suite à une étude approfondie, l’historien conclu que le mystérieux personnage de Baie-du-Febvre pourrait bien être Jean-Pierre Boyer, chef du Parti Français à Saint-Domingue, qui tombe avec ce parti, en 1814. Cette réalité historique s’harmonise difficilement avec le séjour du comte à la Baie-du-Febvre et ne permet d’arriver à rien de concluant à ce sujet. Le doute plane et planera probablement toujours sur ce mystère. L’abbé Bellemare conclue l’affaire en ces termes : « Ou bien Auguste D’Ancour est le vrai duc de Vincence, tel que le veut la tradition des anciens de La Baie, ce qui n’est pas admissible si le duc n’a pas quitté la France. Ou bien, il ne serait qu’un fourbe qui, pour mieux dépister les recherches et donner le change à l’opinion, aura affecté des manières, un genre de vie mystérieux, et a réussi à mystifier le peuple en se faisant passer pour le ministre de Napoléon 1er, avec lequel il paraît avoir eu des traits de ressemblances frappantes".

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds fabrique Saint-Antoine, F321/A17/6/59. Abbé Joseph-Elzéar Bellemare, Histoire de la Baie-Saint-Antoine
Photo : Armand de Caulaincourt, duc de Vincence,

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