20/07/2025
L'INSTANT ZYTHO' - Valais, juillet 2025
La mousse est dense, mokka, indocile.
Sous elle, une robe caramel, des reflets orangés, comme un ciel juste avant l’orage.
Le nez évoque le bord d’un biscuit oublié sur une plaque chaude. Céréales grillées, caramel léger, raisin sec discret. Quelque chose de tendre mais pas naïf.
Et puis la bouche confirme: une pâte sucrée dorée, le grain toasté, le malt fondant.
Une douceur qui ne cherche pas à plaire. Qui reste sèche. Qui se tient droite.
Comme un souvenir qu’on refuse d’effacer.
Les pages des Grandes oubliées de Titiou Lecoq défilent sous mes mains.
Et je pense à toutes ces femmes dont les noms ont été grattés des livres d’histoire.
À celles qu’on a réduites à des silences.
À celles dont les combats ne sont devenus lisibles que bien après leur disparition.
Dehors, le ciel se ferme. Dedans, la colère gronde doucement.
Et dans mes oreilles, les mots de Monique Wittig, reprise par Draga, qui murmurent:
"Ils t’ont appelée esclave, ils t’ont appelée mère, ils t’ont appelée putain…"
La bière, elle, persiste.
Elle s’impose sans fracas, avec constance.
Elle aussi, on l’a rendue invisible. Reléguée au folklore, au fond d’une carte, à ce breuvage pas assez noble.
Mais elle lutte. Par la porte des saveurs, des mains qui brassent, des mots qu’on pose, des passionné.e.s qui s'acharnent.
Rien n’est tout à fait effacé.
Croquer dans les céréales crues et sentir encore le feu de celles qui brûlent.