26/05/2026
LE DÉBRIEF : Femmes et slam ivoirien, où en est-on vraiment ?
Quand on parle de femmes dans le Slam ivoirien, quelques noms s’imposent immédiatement.
Amee Slam, la pionnière, première femme à investir la scène slam en Côte d’Ivoire et aujourd’hui présidente du Collectif Au Nom du Slam.
Lyne Des Mots, slameuse des premières heures et membre du Collectif Au Nom du Slam, écrivain et chroniqueuse radio d’une émission dédiée au Slam.
Noferima Officiel, championne nationale 2023 puis championne du monde de Slam à Paris en mai 2024 ; une première historique pour la Côte d’Ivoire et pour le continent.
L' Encre Des Étoiles, championne nationale 2019, 6ᵉ place mondiale en 2020, élue meilleure slameuse de Côte d’Ivoire aux Lili Awards 2024, et qui construit une carrière qui dure.
Et quelques autres…
À première vue, le tableau est plutôt flatteur. Et pourtant, en grattant un peu, une réalité moins reluisante apparaît. Une fois passés les quelques doigts de la main, il devient assez difficile d’en citer.
Quand on regarde les candidats aux championnats nationaux, les affiches d’open mics, les spectacles… le constat est implacable. Les femmes restent largement minoritaires. Et bien souvent, ce sont les mêmes qui reviennent.
Le Collectif "Au Nom Du Slam", premier collectif de slam Ivoirien, comptait à sa naissance seulement deux femmes sur l’ensemble de ses dix membres. Plus de dix ans et plusieurs collectifs plus t**d, la proportion n’a pas radicalement changé sur l’ensemble de la scène.
Pourquoi ?
Est-ce une question d’écriture ? Difficile à croire. Les concours d’écriture, les ateliers et les pages littéraires regorgent de jeunes femmes qui écrivent, et qui écrivent bien.
Serait-ce donc un problème d’exposition scénique ? Les plateformes sont pourtant disponibles et ouvertes à tous sans distinction.
On pencherait un peu plus vers la question du poids social et du sentiment de légitimité.
Monter sur scène, défendre un texte, encaisser le regard, s’imposer face à un jury parfois majoritairement masculin… tout cela demande une confiance et un sentiment de légitimité que certaines jeunes femmes pourraient ne pas se sentir autorisées à prendre, surtout quand pour plusieurs, dès l’enfance, on a appris à parler bas, à ne pas trop occuper l’espace, à ne pas déranger.
Aussi, le statut d’artiste reste perçu sous nos tropiques comme instable, voire suspect, surtout pour une femme.
Les horaires t**difs des spectacles, les déplacements, le rapport au corps sur scène et même les pressions à rechercher une vie maritale même au risque de briser un succès naissant… autant de freins qui pèsent rarement de la même manière sur leurs collègues masculins.
Pourtant, beaucoup de textes du slam ivoirien parlent de femmes. Plusieurs slameurs dénoncent le mariage forcé, parlent des violences et de la condition féminine. Et c’est à saluer.
Mais quand ce sont majoritairement des hommes qui portent la parole des femmes sur scène, on est en droit de se demander : où sont les femmes pour porter leur propre parole ?
La question est d’autant plus piquante que les rares qui s’imposent le font de manière fracassante. Une championne du monde, une présidente de collectif, des lauréates régulières… Bref quand elles percent, elles le font avec brio.
Que faut-il donc faire ?
Faut-il créer des espaces dédiés comme des associations, ateliers, festivals et scènes 100% féminines, pour amorcer la pompe ?
Faut-il que les modèles existant se muent en ambassadrices du slam féminin pour en sensibiliser et en attirer d’autres ?
Faut-il que les institutions, fédérations, collectifs, festivals, se fixent des objectifs explicites sur la question, le temps d’équilibrer les choses, comme l’a fait l’ÉCOLE DES POÈTES avec « Les sœurs Nardal » ?
Ou bien faut-il simplement laisser le temps faire son œuvre, comme il l’a fait pour Amee, Noferima, l’Encre et les autres ?
Une chose est sûre, le Slam ivoirien ne pourra pas prétendre représenter toute la société ivoirienne tant que la moitié de cette société n’y prend pas pleinement part.
Et vous, quelles slameuses ivoiriennes connaissez-vous au-delà des têtes d’affiche ?
Que faudrait-il, selon vous, pour que d’autres voix féminines puissent émerger ?
📷 IA