11/04/2026
đ±Un silence qui fait du bruit (suite)
*Chapitre 19 â Boutique, mensonges, route : la camĂ©ra a tout vu*
AprĂšs lâannonce de GisĂšle, GaĂ«l ne fut plus le mĂȘme.
Il sortit de son bureau comme un homme qui vient de recevoir une maladie. Il marchait, mais sa tĂȘte Ă©tait ailleurs. *Enceinte.* Le mot tournait dans sa poitrine comme une roue qui Ă©crase tout sur son passage.
Les jours suivants, GaĂ«l commença Ă Ă©viter GisĂšle. Il inventait des rĂ©unions, des dĂ©placements, des urgences. Il rĂ©pondait parfois aux messages, juste assez pour ne pas dĂ©clencher sa colĂšre. Mais il ne venait plus âaux rendez-vousâ. Il ne voulait plus sâasseoir dans cette chambre dâhĂŽtel et faire semblant que tout va bien. Il voulait sâarracher de lĂ .
GisĂšle le sentit.
Et quand GisĂšle sent quâelle perd le contrĂŽle⊠elle ne pleure pas. Elle attaque.
Un soir, elle appela directement Germaine.
Germaine décrocha, surprise :
â AllĂŽ ?
La voix de GisĂšle sortit claire, froide, presque fiĂšre :
â Bonsoir Germaine. Je suis Madame GisĂšle. La patronne de GaĂ«l.
Germaine se redressa.
â Oui⊠bonsoir Madame.
GisĂšle fit une pause, comme pour savourer.
â Je ne vais pas tourner autour. Votre mari ne vous dit pas la vĂ©ritĂ©. GaĂ«l et moi⊠on est ensemble. Et je suis enceinte.
Germaine sentit son cĆur descendre dans ses pieds.
â Quoi⊠?
GisĂšle continua, implacable :
â Il ne vient plus Ă mes rendez-vous. Alors jâai dĂ©cidĂ© de vous respecter, vous, en vous disant la vĂ©ritĂ©.
Puis elle conclut doucement :
â Prenez soin de vous. La vie est courte.
Elle raccrocha.
Germaine resta lĂ , le tĂ©lĂ©phone collĂ© Ă lâoreille, incapable de respirer. Quand GaĂ«l rentra ce soir-lĂ , il sut que quelque chose avait changĂ© : le silence de Germaine nâĂ©tait plus un doute⊠câĂ©tait une certitude.
â Germaine⊠?
Elle le fixa longtemps. Puis elle demanda calmement :
â Ta patronne⊠est enceinte ?
GaĂ«l se figea. Il ne pouvait plus mentir. Mais il essaya quand mĂȘme :
â Qui tâa dit ça ?
Germaine sourit, mais câĂ©tait un sourire vide :
â Donc câest vrai.
Elle se leva, prit une bassine, et commença Ă ranger sans bruit, comme une femme qui prĂ©pare une sĂ©paration dans sa tĂȘte.
Gaël tenta :
â Germaine, Ă©coute-moi⊠câest compliquĂ©.
Germaine répondit, sans le regarder :
â Non GaĂ«l. Câest simple. Tu as choisi.
Cette nuit-lĂ , GaĂ«l comprit quâil venait de perdre quelque chose de prĂ©cieux : la confiance. Et sans confiance, mĂȘme lâamour devient un champ de bataille.
Pour ne pas mourir dans cette guerre, Gaël prit une décision : **sortir définitivement de la dépendance de GisÚle**.
Il Ă©conomisa en secret. Petit Ă petit. Il se priva. Il accepta des petits services de programmation Ă cĂŽtĂ©. Et dĂšs quâil put, il ouvrit sa propre petite boutique : **vente et rĂ©paration de tĂ©lĂ©phones**.
Quand lâenseigne fut accrochĂ©e, il sentit un bout de fiertĂ© revenir. *âJe peux ĂȘtre un homme sans vendre mon Ăąme.â*
Mais il y avait encore une habitude quâil nâavait pas cassĂ©e : le mensonge.
Un soir, il dit Ă Germaine :
â Je vais Ă la boutique.
Germaine répondit :
â Dâaccord.
Mais ce âdâaccordâ nâavait plus dâamour. Il y avait une surveillance dedans.
Les heures passĂšrent. La nuit sâĂ©paissit. GaĂ«l ne rentrait pas.
Germaine se leva dâun coup.
â Je vais voir moi-mĂȘme.
Elle prit sa moto. Lâair fouettait son visage, mais sa colĂšre la chauffait. ArrivĂ©e Ă la boutique⊠elle trouva la porte fermĂ©e. Pas de lumiĂšre. Personne.
Germaine resta quelques secondes immobile. Puis elle se mit Ă trembler. Elle comprit.
Elle remonta sur la moto, roula vite pour rentrer. Sur la grande route, elle vit au loin des phares. Une voiture qui sortait dâun axe menant vers lâhĂŽtel.
Et à travers la vitre⊠elle reconnut Gaël. Assis. à cÎté de lui : GisÚle.
Germaine sentit son sang se transformer en feu.
Elle accéléra et se plaça brusquement devant la voiture. Les pneus criÚrent. La voiture freina.
Gaël sortit immédiatement, paniqué :
â Germaine ! Tu es f***e ?!
Germaine sâapprocha, yeux rouges :
â Donc câest ça, âla boutiqueâ ?
GisÚle, dans la voiture, regardait Germaine avec un mépris tranquille, comme si Germaine était juste un obstacle.
Germaine tapa sur la vitre.
â Sors !
GisĂšle ouvrit la portiĂšre lentement, sans peur.
â Germaine⊠tu fais honte. ContrĂŽle-toi.
Cette phrase alluma la mĂšche.
Germaine se jeta sur elle. Les cris éclatÚrent. Les insultes. Les pleurs. Gaël essaya de séparer, mais il était dépassé : deux femmes se battaient, pas seulement avec leurs mains⊠avec des années de douleur.
GisÚle poussa Germaine. Germaine trébucha puis revint, f***e.
Et dans le chaos, Germaine lança un **coup de pied violent au ventre de GisÚle**.
Un bruit sourd.
GisĂšle recula, les yeux grands, puis tomba lourdement sur la route. Sa tĂȘte heurta le sol. Elle perdit connaissance.
Un silence de choc.
Gaël se précipita :
â GisĂšle ! GisĂšle ! RĂ©veille-toi !
Germaine resta figée, haletante, comme si elle venait seulement de réaliser la gravité. Puis elle fit un pas en arriÚre.
Gaël cria :
â Appelez une ambulance !
Mais personne nâapprochait. Les gens regardaient de loin. Et surtout⊠une camĂ©ra routiĂšre, au-dessus, filmait tout. Sans Ă©motion. Sans pardon.
GaĂ«l prit GisĂšle dans ses bras, la mit dans la voiture et dĂ©marra vers lâhĂŽpital Ă toute vitesse. Son visage Ă©tait trempĂ© de sueur.
Germaine, elle, remonta sur sa moto et rentra chez elle, le cĆur battant, les mains encore tremblantes.
Et dans la voiture, Gaël répétait une seule phrase :
â Non⊠non⊠pas comme çaâŠ
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Ă lâhĂŽpital, GisĂšle va-t-elle survivre⊠ou mourir en emportant GaĂ«l et Germaine avec elle ?
Et cette camĂ©ra de la route⊠qui va la rĂ©cupĂ©rer en premier : la police, lâavocat, ou GisĂšle avait dĂ©jĂ prĂ©vu ça comme un piĂšge final ? Si tu Ă©tais Ă la place de GaĂ«l, tu protĂšgerais Germaine en cachant la vidĂ©o⊠ou tu laisserais la vĂ©ritĂ© sortir, mĂȘme si ça dĂ©truit tout ?