31/12/2025
Concours du quartier le plus propre de Douala II : la mentalité de saleté gagne du terrain
La 15ᵉ édition du concours du quartier le plus propre de Douala II a livré ses résultats le 28 décembre 2025. Comme le veut la tradition, madame le maire a, avant de primer les lauréats, présenté le rapport d’activités retraçant douze mois d’engagement des acteurs de la propreté de la commune, dans la dynamique qu’elle impulse depuis 2010.
Pour Denise Fampou, l’année 2025 ne saurait en aucun cas constituer une année de référence dans le combat participatif qu’elle a engagé contre l’insalubrité au sein de sa municipalité. 2025 pourrait même être citée comme un contre-exemple de cette vision selon laquelle la lutte contre l’insalubrité doit être l’affaire de chaque citoyen avant d’être celle de la communauté tout entière.
Seuls 16 quartiers se sont engagés dans le concours, sur les plus de 34 que compte l’arrondissement. À cela s’ajoutent seulement six associations de jeunes inscrites. Tel est le triste bilan de la participation citoyenne à la lutte contre l’insalubrité en 2025. Un recul manifeste par rapport aux années antérieures, qui enregistraient entre 23 et 30 quartiers engagés dans le combat pour une cité où il fait bon vivre. Du côté des associations de jeunes, près d’une trentaine répondaient habituellement à l’appel citoyen de madame le maire.
La conséquence directe de cette baisse de participation est la réduction du niveau de gratification. En 2025, un seul quartier, sur les seize en compétition, a su tirer son épingle du jeu. Makéa est ainsi resté égal à lui-même. Mais où sont donc passés les autres quartiers ?
Pourquoi ont-ils choisi de tuer cette saine émulation qui poussait madame le maire à primer les cinq, voire les 10 meilleurs compétiteurs du concours du quartier le plus propre de Douala II ?
Qu’ont fait New-Bell Haoussa et Nkolmintag du matériel d’hygiène, d’une valeur de 25 millions de francs CFA chacun, offert par le MINDUH pour booster la lutte contre l’insalubrité ?
Où sont passés ces élites et forces vives qui par leurs appuis aux associations des jeunes avaient clairement affiché leur volonté d’accompagner madame le maire dans son combat contre l’insalubrité ? Se sont-elles démobilisées face aux querelles internes qui plombent l'élan citoyen dans nos associations de jeunes?
Où est passée Sa Majesté Ramanou, qui avait fait de New-Town II un véritable challenger capable de faire douter Sa Majesté Aboubakar de Makéa ? Qu’est devenue Sa Majesté Toko de New-Bell Cimetière, habitué à son rôle d’outsider percutant, toujours prompt à ravir la vedette à ses pairs ?
Que dire alors de Leurs Majestés Edouga de Babylone, Ndongo de New-Town III, Dibango de Camp Yabassi, Tchounkeu de New-Bell Bamiléké ? Par leur engagement, ils faisaient de la proclamation des résultats du concours du quartier le plus propre de Douala II de véritables moments de suspense, où l’attente du vainqueur déclenchait une vive émotion chez les chefs de quartiers et leurs administrés.
Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Pourquoi Makéa est-il devenu le seul coq dans une basse-cour pourtant peuplée de chefs disposant des outils nécessaires pour contester le leadership de Sa Majesté Aboubakar ?
Pour certains, cette situation s’expliquerait par une forme de lassitude face à la formidable organisation qui a fait du quartier Makéa un véritable chantre de la résilience et du vivre-ensemble. Au cœur de cette réussite, Sa Majesté Aboubakar se distingue par ses qualités de rassembleur omniprésent, capable de mettre ses chefs de blocs au pas tout en leur insufflant une dynamique de propreté indispensable à la construction de son leadership, dans un environnement pourtant propice à la fronde et à l’incivisme.
Pour d’autres chefs de quartiers, la baisse de l’engouement trouverait son origine dans le refus de madame le maire de dévoyer la philosophie du concours pour en faire une manœuvre politicienne. Une dérive qui consisterait à promouvoir la solidarité de façade, à récompenser l’amitié et la fidélité à une actrice politique, tout en reléguant au second plan l’effort réel et l’engagement contre l’insalubrité. Denise Fampou s’y est fermement opposée et ne cache pas son choix de primer Makéa « à vie », si les circonstances l’exigent.
Mais au-delà des perceptions des chefs de quartiers, un constat s’impose : la montée en puissance inquiétante de la mentalité de saleté. La situation est si préoccupante qu’on pourrait y voir un lien avec le climat sociopolitique actuel. Toutefois, il est difficile de croire que des citoyens puissent sacrifier leur confort personnel sur l’autel d’idéologies politiques. Un esprit sain ne peut s’épanouir que dans un corps sain, et il sera toujours difficile pour un politicien de faire triompher ses idées en incarnant l’hostilité à la propreté.
Il ne s’agit donc pas d’un mécontentement d’ordre politique, mais bien du retour en force de la mentalité de saleté.
Voilà quinze années que madame le maire martèle et promeut l’idéal d’une cité propre. « Douala II la belle » n’est pas qu’un slogan : c’est une volonté politique appuyée par des moyens concrets (équipements d’hygiène de qualité, mobilisation des ressources humaines, primes consistantes aux acteurs méritants de la lutte contre l’insalubrité…)
Des résultats encourageants ont certes été enregistrés.
Mais la mentalité de saleté persiste. Elle semble s’accrocher à nos esprits comme si elle faisait partie de notre ADN. P*s encore, elle trouve dans l’incapacité de la société Hysacam, pourtant chargée de l’hygiène et de la salubrité, à remplir pleinement ses missions régaliennes, un terreau favorable à l’exacerbation de ses dérives.
Entre 2024 et 2025, cette mentalité a ainsi gagné du terrain, renforcée par le laxisme de certaines autorités. L’absence de répression lui a conféré un pouvoir de domination tel que, si rien n’est fait dans l’urgence, elle pourrait anéantir tous les efforts entrepris pour la construction de la belle cité de Douala II.
LA VOIX DE NEW-BELL