03/10/2026
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OCTOBRE ROSE | Quand la prévention devient la source du problème...
J'ai vu passer ceci : "Le frottis est une des causes du cancer du col de l'utérus."
Les soignants sont confrontés en tout lieu et tout temps au déni. Ce dernier trouve effectivement son fondement dans certaines représentations sociales de la maladie. Cette affirmation, postée via les réseaux sociaux en ce mois de la prévention, condense dans sa structuration le déni du cancer souvent cause d'un taux élevé de décès. Il faut en parler, parce que ce type de déni tue.
Pour mieux nier la maladie, il faut pouvoir effacer la réalité de son diagnostic.
Si c'est le frottis qui rend malade, alors le cancer n'existe pas. Seul le frottis existe et est à éviter.
Le déni est l'un des mécanismes psychiques les plus archaïques et les plus violents. Il protège un temps de l'angoisse, mais effectivement, il peut conduire à la destruction... et à la mort. En refusant le dépistage, on ne refuse pas le cancer, on lui laisse le temps de grandir.
En ce mois d'octobre rose, où nous tentons de sensibiliser à la détection précoce, il est salutaire de s'intéresser au contenant socio-culturel de la maladie.
De quoi s'agit-il ?
Il s'agit de ces narratifs culturellement admis sur l'origine des maladies.
Dans nos sociétés africaines, encore en difficulté sur le plan de l'organisation et du financement de la recherche scientifique, les populations sont consommatrice de thérapeutiques issuent d'une science qui se développe ailleurs. Nos politiques gouvernementales ne sont pas actives, productrices et créatives de la science et ses dérivés disciplinaire. Nous recevons donc dans cette passivité des thérapeutiques conçues et pensées ailleurs, pour des troubles et des symptômes que ses populations vivent pourtant dans leur chair et dans leur esprit.
La médecine devient de ce fait un produit de consommation dans l'inconscient collectif de ces sociétés démunies sur le plan de la recherche. La santé coûte cher et ce prix met face à l'impuissance. Cette impuissance active des mécanismes de défense très rigides et archaïques qui poussent les populations à se détourner de la science qui porte la rationalité de la maladie.
En se réfugiant vers les croyances, l'individu reprend une forme de contrôle sur son angoisse de mort et son impuissance face à la maladie. Dire "c'est le frottis qui cause le cancer", c'est reprendre le contrôle : "Si j'évite le frottis, j'évite le cancer."
C'est faux médicalement, mais c'est apaisant psychiquement.
On ne peut donc pas sensibiliser sans entendre cette angoisse.
Alors rappelons-le, calmement et factuellement :
Le frottis ne DONNE PAS le cancer. Il le DÉTECTE pour éviter qu'il ne tue.
Le cancer du col de l'utérus est causé à 99% par un virus très commun, le HPV. On peut le dépister par le frottis. On peut le prévenir par la vaccination. On peut le soigner quand on le prend tôt.
Faire son frottis, ce n'est pas attraper la maladie de l'Autre. C'est reprendre un vrai pouvoir sur son propre corps.
Parlons-en. Sans honte. Sans peur. Et faisons-nous dépister.
Je reviendrai avec d'autres croyances véhiculées autour de la maladie et qui en construisent le déni.
Nathalie ASSEN BETCHEM.
Psychologue clinicienne et Psychothérapeute
Dr Steve Anangue