31/07/2024
⚠️Harcèlement :
Des étudiants de l’ENA, appartenant à la promotion Molière (dont l’ironie n’est pas au programme), publient, en février 2020, un mémoire protestant contre le « harcèlement » et la « discrimination » dont ils seraient victimes. Seraient coupables les enseignants et directeurs de stages, « pas assez reconnaissants » envers les efforts fournis par les élèves. Certains souffriraient de « burn-out », un trouble sévère dont on ne sait pas s’il existe.
Pour avoir étudié et enseigné à l’ENA, j’affirme que ce n’est pas un bagne, plutôt une colonie de vacances ; ce n’est donc pas, me semble-t-il, l’école qui est en cause, mais les étudiants « milléniaux » qui ont le privilège d’y avoir accès. Milléniaux avant d’être énarques, ils ont adopté les codes de leur génération, s’appropriant le vocabulaire de l’époque mais détourné de sa signification.
Reconnaissons bien volontiers que le respect, l’absence de discrimination et le rejet du harcèlement sont des conquêtes essentielles de notre temps, sans précédent ; désormais, le respect est la norme, qu’il s’agisse de culture, d’ethnie, de religion ou de sexe confondus. Mais quand un gendarme interpelle un délinquant, est-ce un manque de respect ? Quand un chef d’entreprise instruit un salarié, est-ce de la discrimination ? Quand un enseignant morigène un tire-au-flanc, celui-ci devient-il d’emblée une victime au seuil du burn-out ? L’abus de ces mots les vide de leur sens. La vérité est que, de l’école communale à l’ENA comme dans les entreprises, les milléniaux ne tolèrent plus le droit d’aînesse ni que les aînés puissent
leur transmettre quoi que ce soit ; le web est devenu leur seule source d’information acceptée, parce que choisie et ludique.
Je n’ose imaginer un énarque d’aujourd’hui qui, dans une machine à remonter le temps, se retrouverait, comme je le fus, stagiaire à Nouméa, en 1967. Le protocole exigeait qu’à chaque fois que je rencontrais le gouverneur du territoire, je lui dise « Mes respects, monsieur le Haut- Commissaire de la République », son titre officiel. Jusqu’au jour où le croisant en pyjama dans les couloirs de sa résidence, il m’invita à simplifier : « Monsieur le Gouverneur suffira. » Je survécus, le burn-out n’avait pas encore été inventé.
Toute ma sympathie va donc aux énarques de la promotion Molière qui, après avoir tant souffert et peu appris, devront administrer un peuple de soixante millions de victimes, forcément discriminées.
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Source : "Mon dictionnaire du Bu****it" - Par publication 2021