02/08/2026
REGARD CITOYEN | TOGO : QUAND LA CRISE DE CONFIANCE ENVERS L’ÉTAT QUESTIONNE LE RAPPORT DES CITOYENS À LA NATION
Le passeport déchiré de Noélie Elykem : un geste symbolique qui révèle une fracture plus profonde
Par ABC-AFRICA MEDIA / ABC-AFRICA TV
Analyse – Politique – Société – Citoyenneté
Dans une démocratie, les symboles nationaux ne sont jamais de simples objets administratifs. Un passeport représente une identité, une appartenance, une histoire collective et un lien juridique entre un citoyen et son État. Lorsqu’un citoyen décide publiquement de le détruire, ce geste dépasse souvent la dimension personnelle : il devient un acte de communication politique, une expression de colère, de frustration ou de rupture symbolique avec une institution.
C’est dans ce contexte que le geste de l’artiste gospel togolaise Noélie Elykem, qui aurait déchiré son passeport togolais lors d’un direct sur TikTok devant une large audience, suscite de nombreuses réactions et relance le débat sur le rapport entre certains citoyens togolais et leur État.
Au-delà de l’émotion provoquée par cet acte, une question fondamentale mérite d’être posée : qu’est-ce qui peut conduire un citoyen à rejeter publiquement un symbole aussi fort de son appartenance nationale ?
Une longue histoire politique qui nourrit les débats
Depuis plusieurs décennies, la vie politique togolaise est marquée par la présence continue de la famille Gnassingbé au sommet de l’État. Après le décès du président Gnassingbé Eyadéma en 2005, son fils Faure Essozimna Gnassingbé a accédé au pouvoir dans un contexte politique fortement contesté par une partie de l’opposition et de la société civile.
Pour certains observateurs, cette continuité familiale au pouvoir nourrit le sentiment d’une concentration excessive du pouvoir et alimente le débat sur la nature du système politique togolais. Pour d’autres, les autorités mettent en avant la stabilité institutionnelle et les actions de développement réalisées durant cette période.
Mais une réalité demeure : lorsqu’une partie de la population considère que les institutions ne représentent plus suffisamment l’intérêt général, la confiance entre citoyens et État peut progressivement se fragiliser.
Quand l’État est perçu comme une propriété plutôt qu’un bien commun
La République repose sur un principe fondamental : l’État appartient à tous les citoyens. Il n’est ni la propriété d’un individu, ni celle d’un clan, ni celle d’une génération.
Dans plusieurs pays africains, les débats autour des successions politiques familiales, de la gouvernance et de la transparence institutionnelle rappellent une problématique centrale : la nécessité de distinguer clairement l’État, qui est permanent et collectif, des dirigeants qui ne sont que des responsables temporaires du pouvoir public.
Lorsque cette distinction semble disparaître dans la perception populaire, certains citoyens peuvent développer un sentiment d’exclusion, d’injustice ou de désaffection envers les symboles nationaux.
La colère politique peut-elle justifier les actes de rupture symbolique ?
Le geste de déchirer un passeport peut être interprété comme une forme de protestation radicale. Il traduit une émotion forte, mais il pose également une question civique importante.
Un passeport n’est pas seulement un document délivré par un gouvernement : il représente aussi une communauté humaine, une culture, une histoire et des millions de citoyens qui partagent une même nationalité.
Ainsi, critiquer un système politique, dénoncer des injustices ou réclamer des réformes sont des expressions légitimes dans une société ouverte. Mais la remise en cause des symboles nationaux interpelle sur la frontière entre la contestation du pouvoir en place et le rejet de la nation elle-même.
La responsabilité citoyenne face aux crises politiques
Une démocratie solide ne se construit pas uniquement par les dirigeants. Elle dépend également de citoyens capables d’exprimer leurs désaccords tout en préservant les fondements du vivre-ensemble.
La colère sociale, les frustrations politiques et les critiques envers les gouvernants peuvent être des signaux importants pour améliorer les institutions. Mais la transformation durable d’un pays passe par l’engagement civique, l’éducation politique, le respect des lois et la participation citoyenne.
Le défi pour le Togo, comme pour plusieurs nations africaines, reste donc celui-ci : construire un État où chaque citoyen se reconnaît dans les institutions, indépendamment de son opinion politique.
Le véritable combat est celui de la confiance
Le passeport déchiré de Noélie Elykem est peut-être un geste individuel, mais il révèle une interrogation collective plus profonde : comment restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions ?
La grandeur d’une nation ne dépend pas seulement de ses dirigeants, mais de la capacité de son peuple à considérer l’État comme un patrimoine commun, protégé par des institutions fortes, transparentes et inclusives.
Le Togo, comme toute nation africaine, ne doit appartenir à personne en particulier. Il appartient à son peuple, à son histoire et à son avenir.
ABC-AFRICA MEDIA / ABC-AFRICA TV
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