06/03/2026
« Tambalé thi Sonko, yam thi Sonko » : le slogan de trop qui expose la fissure au sommet ?
Il y a encore quelques mois, le message était clair, martelé dans chaque meeting, répété comme un serment politique :
« Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko ».
Un slogan fusionnel qui consacrait l’unité totale entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. À l’époque, il n’y avait ni nuance ni distance : c’était la même vision, la même trajectoire, le même combat.
Mais aujourd’hui, un nouveau slogan surgit des rangs de PASTEF :
« Tambalé thi Sonko, yam thi Sonko ».
Un simple slogan ? Ou le révélateur d’un malaise plus profond ?
D’une fusion à une recentralisation autour d’un seul homme.
Le premier slogan plaçait les deux figures sur un pied d’égalité symbolique. Il consacrait un tandem. Il construisait une continuité.
Le nouveau, lui, recentre tout sur un seul nom : Sonko.
Plus de binôme.
Plus de symétrie.
Plus de complémentarité affichée.
Dans la communication politique, rien n’est innocent. Quand un mouvement abandonne un slogan d’unité pour un slogan centré exclusivement sur un leader, cela traduit soit un repositionnement stratégique, soit une tension interne.
La coalition Diomaye Président marginalisée ?
La coalition « Diomaye Président » avait servi de socle électoral large, rassemblant au-delà du noyau dur de PASTEF. Elle incarnait l’ouverture, la transition, l’élargissement du projet.
Or, en ramenant toute la narration politique à Sonko, le nouveau slogan semble réduire le rôle présidentiel à une simple étape. « tambalé thi Sonko, yam thi Sonko ».
Où se situe alors le président dans cette architecture politique ? Est-il chef d’État pleinement autonome ou figure transitoire d’un projet plus large piloté ailleurs ?
Une communication qui trahit un rapport de force ?
Depuis l’accession au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, les observateurs scrutent l’équilibre réel entre le président et son mentor politique, Ousmane Sonko.
Le slogan « Sonko moy Diomaye » rassurait : il signifiait cohérence et loyauté mutuelle.
Le slogan « Tambalé thi Sonko, yam thi Sonko » suggère autre chose :
une centralité exclusive.
une verticalité assumée.
un leadership qui ne partage plus l’affiche.
Est-ce une simple mobilisation des militants historiques de PASTEF ?
Ou l’expression d’une impatience, voire d’un recentrage idéologique face aux réalités du pouvoir ?
Le risque politique
En politique, la perception est parfois plus forte que la réalité.
Même en l’absence de conflit ouvert, ce changement sémantique peut alimenter :
des soupçons de rivalité interne,
des spéculations sur une bataille d’influence,
une lecture d’un pouvoir à double tête.
Or, dans un contexte où les Sénégalais attendent des réponses économiques et sociales concrètes, toute impression de division fragilise l’autorité de l’exécutif.
Il serait excessif d’annoncer une rupture. Mais il serait naïf d’ignorer le signal.
Passer de « Sonko moy Diomaye » à « Tambalé thi Sonko, yam thi Sonko » n’est pas qu’un jeu de mots. C’est un glissement politique.
Et en politique, les glissements annoncent souvent des réalignements.
La question désormais est simple :
Sommes-nous face à une stratégie de consolidation du leadership de Sonko…
ou aux premiers signes d’une fracture entre PASTEF et la coalition qui a porté Diomaye au pouvoir ?
L’avenir proche nous dira si ce slogan était un simple cri militant… ou le début d’une recomposition au sommet de l’État.
JOURNALISTE - CHRONIQUEUR